—Une fantaisie.
—Ne puis-je savoir pourquoi? Il me semble au fait que vous m'avez dit alors que vous ne pouviez pas me l'apprendre?
—Oh! si fait; je puis facilement vous le dire. Je voulais tenter l'enlèvement de ma fille, et j'avais besoin pour cela du secours de votre cheval.
—Mais, comment?
—C'était avant que j'eusse entendu parler de l'expédition projetée par nos ennemis. Comme je n'avais aucun espoir de la recouvrer autrement, je voulais pénétrer dans le pays, seul ou avec un ami sûr, et recourir à la ruse pour l'enlever. Leurs chevaux sont rapides; mais ils ne peuvent lutter contre un arabe, ainsi que vous aurez l'occasion de vous en assurer. Avec un animal comme celui-ci, j'aurais pu me sauver, à moins d'être entouré; et, même dans ce cas, j'aurais pu m'en tirer au prix de quelques légères blessures. J'avais l'intention de me déguiser et d'entrer dans leur ville sous la figure d'un de leurs guerriers. Depuis longtemps je possède à fond leur langue.
—C'eût été là une périlleuse entreprise.
—Sans aucun doute! mais c'était ma dernière ressource, et je n'y avais recours qu'après avoir épuisé tous les efforts; après tant d'années d'attente, je ne pouvais plus y tenir. Je risquais ma vie. C'était un coup de désespoir, mais, à ce moment, j'y étais pleinement déterminé.
—J'espère que nous réussirons, cette fois.
—J'y compte fermement. Il semble que la Providence veuille enfin se déclarer en ma faveur. D'un côté, l'absence de ceux qui l'ont enlevée; de l'autre, le renfort considérable qu'a reçu ma troupe d'un gros parti de trappeurs des plaines de l'Est. Les peaux d'ours sont tombées, comme ils disent, à ne pas valoir une bourre de fusil, et ils trouvent que les Peaux-Rouges rapportent davantage. Ah! j'espère en venir à bout, cette fois.
Il accompagna ces derniers mots d'un profond soupir.