—Nous en prendrons le double, s'écria Swartboy.

—Je ne vois pas, dit le petit Jan, pourquoi la fosse ne serait pas remplie.

—Elle le sera, ajouta Hendrik; nous pousserons les couaggas dedans, et je ne vois pas comment ils nous échapperaient.

En effet, le succès paraissait infaillible. La fosse était assez large pour empêcher les animaux de sauter par-dessus, et elle occupait toute la largeur du sentier; de sorte qu'ils ne pouvaient l'éviter, et que la disposition du terrain les y conduisait fatalement.

A la vérité, s'ils étaient abandonnés à eux-mêmes et libres de marcher à la file, suivant leur habitude, on pouvait ne prendre que le chef du troupeau. Il était certain qu'en le voyant tomber, ses compagnons feraient volte-face; mais les chasseurs comptaient, dans un moment donné, répandre la terreur au milieu du troupeau, et forcer les couaggas à se précipiter dans la fosse.

Ils n'avaient besoin que de quatre montures, mais ils n'eussent pas été fâchés d'avoir du choix.

On avait dîné plus tard qu'à l'ordinaire, et l'heure approchait où le troupeau venait se désaltérer dans le lac. On laissa libre la route par laquelle il arrivait. Hans, Hendrik et Swartboy se placèrent en embuscade aux environs, à quelque distance les uns des autres. Dans les positions qu'ils occupaient, il leur suffisait de sortir des taillis où ils étaient cachés pour pousser le troupeau du côté de la fosse. Afin de régulariser leurs mouvements, Von Bloom resta dans l'arbre sur la plate-forme. Il devait les avertir de l'approche des couaggas, et donner le signal de l'action en tirant un coup de fusil à poudre. Hans et Hendrik avaient l'ordre de tirer à leur tour en se montrant, et de produire ainsi la panique désirée.

Ce plan était admirablement conçu.

Aussitôt que le troupeau apparut dans la plaine, Von Bloom dit à voix basse:

—Voici les couaggas!