Les innocentes bêtes défilèrent dans la gorge, s'éparpillèrent dans l'eau, et commencèrent leur mouvement de retraite par le sentier que traversait la trappe.

Le chef grimpa sur la berge; mais il s'arrêta en hennissant quand il vit les roseaux et l'herbe fraîche qui jonchaient le sol.

Il avait envie de rebrousser chemin.

En ce moment retentit la bruyante détonation du roer. Deux autres explosions y répondirent à droite et à gauche, comme des échos affaiblis, tandis que sur un autre point Swartboy faisait entendre des cris formidables. En jetant un regard en arrière, les couaggas se crurent entourés d'ennemis; mais une route leur était ouverte: c'était celle qu'ils avaient coutume de prendre, et le troupeau s'y engagea. On entendit le craquement des perches, le piétinement des sabots, le bruit sourd des corps qui tombaient et le hennissement des victimes effarées. Quelques couaggas sautèrent, comme pour franchir la fosse; d'autres se dressèrent sur leurs pieds de derrière, et tournèrent sur eux-mêmes pour entrer dans le lac; d'autres encore s'échappèrent à travers les broussailles; mais le gros du troupeau revint sur ses pas, se remit à l'eau, et s'enfuit par la gorge. Au bout de quelques minutes tous avaient disparu. Les enfants croyaient qu'aucun n'avait été pris; mais, de la position qu'il occupait dans le nwana, Von Bloom apercevait des têtes qui s'allongeaient en dehors de la fosse. On n'y trouva pas moins de huit couaggas, deux fois plus qu'il n'en fallait pour monter tous les chasseurs.

Au bout de moins de deux semaines, quatre couaggas avaient été rompus à la selle et obéissaient aussi bien que des chevaux. Ils avaient eu beau ruer, caracoler, jeter leur cavaliers par terre; le Bosjesman et Hendrik étaient d'habiles écuyers, qui triomphèrent promptement de leur résistance.

La première fois que ces animaux furent employés à la chasse de l'éléphant, ils rendirent précisément le service qu'on attendait d'eux. Comme de coutume, l'éléphant prit sa course après avoir essuyé un premier coup de feu; mais les chasseurs, montés sur leurs couaggas, ne le perdirent pas de vue. Dès qu'il s'aperçut que ses jambes étaient inutiles, il fut aux abois et dédaigna de fuir les chasseurs. Ils purent réitérer leurs décharges, et un coup mortel finit par étendre sur le sol son corps gigantesque.

—Mon étoile reparaît! s'écria Von Bloom enthousiasmé. Mes espérances ne seront plus déçues. Je serai riche! En quelques années, je referai ma fortune; je serai à même d'élever une pyramide d'ivoire.

CHAPITRE XL.

L'ÉLAN

Hendrik était le meilleur chasseur de toute la famille. C'était lui qui fournissait habituellement le garde-manger. Les jours où l'on ne chassait pas l'éléphant, il s'en allait seul à la poursuite des antilopes, dont la chair était la principale nourriture des habitants du nwana. Grâce à son adresse, la table était toujours abondamment pourvue.