—Des milliers d'insectes, reprit Hans, se jettent dans les brasiers et les éteignent.

—Comment, sans se brûler! s'écrièrent tous les auditeurs.

—Il y en a un nombre inimaginable de brûlés. Leurs corps entassés étouffent les feux; mais les premiers rangs de la grande armée sont sacrifiés, et les autres passent impunément sur les victimes. Vous voyez donc que les feux ne peuvent arrêter la marche des locustes quand elles sont en grand nombre.

»Dans certaines parties de l'Afrique où le sol est cultivé, les indigènes sont pris d'une terreur panique aussitôt qu'ils voient apparaître les insectes voyageurs. Ils les redoutent autant qu'un tremblement de terre ou toute autre grande calamité.

—Nous comprenons sans peine, dit Hendrik, le sentiment qu'ils éprouvent.

—Les sauterelles volantes, poursuivit Hans, ne suivent pas une direction aussi constante que leurs larves; elles semblent être guidées par le vent, qui les emporte souvent dans la mer, où elles sont englouties. Sur quelque partie de la côte, on a trouvé en quantités incroyables leurs cadavres rejetés par le flux. Des voyageurs dignes de foi affirment en avoir vu sur une plage une bande de quatre pieds de hauteur sur cinquante milles de long. Les émanations de cette masse énorme répandaient une infection sensible à cent cinquante milles dans l'intérieur.

—Il fallait tout de même avoir bon nez, s'écria le petit Jan.

Tout le monde rit de cette observation, à l'exception de Von Bloom, qui avait en ce moment des idées noires. Gertrude s'en aperçut, et lui dit, pour tâcher de le distraire:

—Papa, la Bible dit que Jean-Baptiste vivait, dans le désert, de miel et de sauterelles. Etaient-ce les mêmes que celles que nous voyons?

—Je le crois, répondit laconiquement le père.