—Permettez-moi de vous contredire, repartit Hans; mais l'analogie n'est pas complète. La sauterelle de l'Ecriture est le véritable criquet émigrant (gryllus migratorius); celle de l'Afrique méridionale en est une variété. Toutes deux appartiennent au genre des orthoptères et à la famille des sauteurs.
Quelques auteurs ont d'ailleurs nié que saint Jean mangeât des insectes, et les Abyssiniens prétendent qu'il se nourrissait de graines brunes du faux acacia, nommé par eux arbre aux sauterelles.
—Et quel est votre avis? demanda Hendrik, qui avait foi dans l'instruction de son frère.
—Je crois qu'il n'y a pas matière à discussion. Ce n'est qu'en torturant le sens d'un mot qu'on arrive à supposer qu'il s'agit de fruits et non d'insectes. Ce sont évidemment ces derniers que mentionne l'Ecriture. Nous avons des preuves nombreuses que du temps de Jésus-Christ les sauterelles et le miel sauvage entraient dans l'alimentation de ceux qui parcouraient le désert; et de nos jours encore ces deux mets font partie de la nourriture de plusieurs tribus nomades. Il est donc naturel d'admettre que saint Jean, habitant du désert, en suivit forcément le régime; c'est ce qui est arrivé à des voyageurs modernes en traversant les solitudes qui nous environnent.
J'ai lu beaucoup d'ouvrages relatifs aux sauterelles; mais, puisqu'on a cité la Bible, je dois dire que je ne connais pas de description de ces insectes aussi vraie et aussi belle que celle du livre saint. Faut-il la lire, mon père?
—Certainement, répondit le porte-drapeau, satisfait de la tournure que prenait la conversation.
Gertrude courut à la chambre voisine et en rapporta un énorme volume relié en peau de canaa et solidifié par deux gros fermoirs de cuivre. C'était la Bible de famille; et qu'il me soit permis de faire observer à ce propos qu'on trouve presque chez tous les boors un livre semblable, car les colons hollandais sont des protestants pleins de ferveur. Leur zèle est tel, qu'ils n'hésitent pas à faire quatre fois par an un voyage de cent milles pour assister au nacht-maal ou souper des grandes fêtes solennelles. Qu'en dites-vous?
Hans ouvrit le volume et chercha le livre du prophète Joel. La facilité avec laquelle il trouva le passage auquel il avait fait allusion prouvait que l'étude de l'Ecriture lui était familière.
Il lut ce qui suit:
«La sauterelle a mangé les restes de la chenille, le ver les restes de la sauterelle, et la nielle les restes du ver.