Le jour pointait lorsque Von Bloom arriva en vue de sa demeure. Elle était méconnaissable; l'invasion des sauterelles en avait altéré l'aspect; mais ce qui achevait de la dénaturer, c'était une rangée d'objets noirs placés sur le bord du toit et sur les parapets du kraal.
—Qu'est-ce que c'est que cela? demanda Von Bloom dans une sorte de soliloque, mais assez haut pour être entendu par ses compagnons.
—Ce sont des oiseaux, répondit Swartboy.
—Des vautours! s'écria Von Bloom, que font-ils là? Leur présence n'annonce rien de bon.
La caravane s'avança, le soleil se levait, les vautours se réveillaient, battaient des ailes, et s'abattaient sur différents points autour de la maison.
—Il y a par là quelque charogne, murmura tristement Von Bloom.
C'était malheureusement vrai. Sur le sol gisaient une vingtaine de carcasses mutilées, restes d'animaux dont les longues cornes recourbées indiquaient suffisamment l'espèce.
Von Bloom reconnut ses bestiaux. Tous avaient péri, près des clôtures ou dans la plaine voisine. Mais comment? Ils n'avaient pu mourir de faim si vite; ils n'avaient pu mourir de soif, car la source bouillonnait près de la place que couvraient leurs membres épars et mutilés. Les vautours ne pouvaient les avoir tués...
Quel était donc ce mystère?
Il fut promptement expliqué, et Von Bloom n'eut pas le temps de se poser des questions. Partout se distinguaient des traces de lions, d'hyènes et de chacals, qui s'étaient rassemblés en grand nombre autour de la ferme abandonnée. La rareté du gibier, produite par le passage des sauterelles et par la dévastation des plantes dont il se nourrissait, avait affamé les bêtes féroces, qui s'étaient jetées avec fureur sur le bétail.