Mais où étaient-elles?

La lumière du matin, la vue de la maison peut-être, les avait écartées. Pourtant l'empreinte de leurs pas était fraîche encore. Elles ne devaient pas s'être éloignées, et comptaient sans doute revenir la nuit suivante.

Von Bloom éprouvait le désir de se venger des animaux qui avaient consommé sa ruine; en d'autres circonstances, il les aurait attendus pour en faire justice; mais dans l'état actuel des choses, c'eût été aussi imprudent qu'inutile. Les chevaux avaient à peine assez de force pour franchir, pendant la nuit prochaine, la distance qui les séparait du camp. Aussi, sans entrer dans la demeure qu'ils avaient délaissée, le porte-drapeau, Hendrik et le Bosjesman remplirent leurs gourdes à la source, baignèrent leurs montures fatiguées, et quittèrent tristement le kraal.

CHAPITRE IX.

LE LION

A peine les voyageurs avaient-ils fait cent pas, qu'ils s'arrêtèrent brusquement par un mouvement simultané, à l'aspect d'un lion couché sur la plaine, au milieu de la route même par laquelle ils étaient venus!

Ils se demandèrent comment ils ne l'avaient pas vu auparavant.

Le lion était tapi derrière un buisson dont les branches, entièrement dépouillées de feuilles, ne cachaient qu'à demi sa robe d'un jaune éclatant. La vérité était qu'au moment où les trois cavaliers avaient passé, le lion se repaissait au milieu des cadavres des bestiaux.

Troublé dans son repas, il s'était glissé le long des murs et avait couru à l'arrière afin d'éviter une rencontre. Un lion raisonne aussi bien qu'un homme, quoique ce ne soit pas au même degré. En voyant venir à lui les voyageurs, il avait calculé qu'ils continueraient leur route et ne reviendraient point sur leurs pas. Un homme ignorant les événements que nous venons de raconter aurait fait sans doute un raisonnement analogue. Quiconque a observé les animaux, tels que les chiens, les daims, les lièvres et même les oiseaux, a dû remarquer que dans un cas semblable, ils semblent toujours croire que celui qui les inquiète se portera en avant, et que leur manœuvre est celle du lion.

On a généralement des idées fausses sur le courage de cet animal. Quelques naturalistes de mauvaise humeur lui ont contesté la seule noble qualité qui lui avait été longtemps attribuée, et l'ont accusé ouvertement de couardise. D'autres, au contraire, assurent qu'il ne craint personne, qu'il ne recule jamais, et le douent en outre de vertus nombreuses. Les deux opinions s'appuient non pas sur des théories, mais sur des faits bien constatés. Comment les concilier? toutes deux ne peuvent être également fondées, et pourtant toutes deux ont un côté vrai. Il y a des lions lâches et des lions courageux, et si l'espace ne nous manquait, nous pourrions en fournir des preuves surabondantes. Nous nous bornerons, mes chers lecteurs, à faire une comparaison. Savez-vous une espèce dont tous les individus aient évidemment le même caractère? Pensez aux chiens de votre connaissance; sont-ils semblables? n'en voyez-vous pas de nobles, de fidèles, de généreux, tandis que d'autres sont de misérables roquets?