Les petits yeux étincelants du rhinocéros le servent assez mal, et le chasseur peut s'en approcher aisément sans être vu, en ayant soin de se mettre sous le vent, mais s'il est au vent, l'animal dont l'odorat est des plus fins, le sent venir d'une très-grande distance; si sa vue était aussi bonne que son flair, il serait dangereux de l'attaquer, car il court avec assez de rapidité, surtout dans son premier élan, pour dépasser un cheval au galop.
Les variétés noires sont plus agiles que les blanches; cependant on évite aisément les rhinocéros en sautant de côté, tandis qu'il vont aveuglément droit devant eux.
Les rhinocéros noirs ont environ six pieds de haut et treize de long; les blancs sont beaucoup plus gros. Le kobaoba a sept pieds de hauteur et quatorze de longueur.
Il n'est pas étonnant qu'un animal de dimensions aussi extraordinaires soit pris à première vue pour un éléphant. En réalité, le kobaoba, sous le rapport de la taille, vient immédiatement après l'éléphant, son museau large de dix-huit pouces, sa longue tête massive, son corps pesant, donnent l'idée d'une force et d'une grandeur supérieures peut-être à celles de l'éléphant lui-même; en somme, il a l'air d'une caricature de l'éléphant. On peut donc s'expliquer l'erreur de nos voyageurs, qui confondirent le kobaoba avec l'éléphant.
Au reste, cette erreur dura peu, Swartboy la dissipa en affirmant que l'animal qu'ils avaient sous les yeux était le rhinocéros blanc.
CHAPITRE XVIII.
COMBAT SANGLANT
Lorsque le kobaoba fut aperçu pour la première fois, il sortait, comme nous l'avons dit, du fourré. Sans s'arrêter, il s'achemina vers l'étang dont nous avons parlé, et que son étendue pouvait faire passer pour un petit lac.
Quoique alimentée par la source, cette pièce d'eau en était éloignée de deux cents mètres, et elle était à peu près à la même distance du grand figuier-sycomore. Ses bords formaient une circonférence presque parfaite, elle aurait environ cent mètres de diamètre, de sorte que sa superficie pouvait être d'un peu plus de deux acres anglais (80 ares 9342). Elle avait des droits incontestables au titre de lac, que les jeunes gens lui avaient déjà conféré.
En haut de ce lac, c'est-à-dire du côté de la source à laquelle il empruntait ses eaux, la berge était élevée, et des rochers dominaient le petit ruisseau qui s'y versait à sa naissance. A l'extrémité opposée, le rivage était bas, et même en quelques endroits l'eau était presque au niveau de la plaine. Aussi voyait-on sur les bords qui formaient la limite occidentale du lac les traces d'animaux qui venaient y boire. Hendrik le chasseur avait observé les empreintes d'espèces qui lui étaient connues, et d'autres qu'il voyait pour la première fois.