Dans le parti que prit le rhinocéros il y avait sans doute plus d'instinct que de calcul; cependant les spectateurs ne purent s'empêcher de croire qu'il avait conçu un plan stratégique. Au moment où l'éléphant se posta dans la gorge, le kobaoba monta sur la berge; puis il se retourna brusquement en baissant la tête, tendit horizontalement sa longue corne et l'enfonça entre les côtes de l'éléphant.
Le cri perçant que celui-ci poussa, les secousses imprimées à sa trompe et à sa queue prouvèrent qu'il avait reçu une blessure grave. Au lieu de conserver sa position dans la gorge, il courut au lac et y entra jusqu'au genou. Il prit de l'eau dans sa trompe et s'en arrosa le corps, en ayant soin d'en verser en abondance sur la plaie ouverte dans son flanc; il sortit ensuite pour courir après le rhinocéros, mais celui-ci ne l'avait pas attendu, il était parvenu à sortir de l'abreuvoir sans compromettre sa dignité, et s'imaginant sans doute qu'il avait remporté la victoire, il s'était perdu au milieu des broussailles.
CHAPITRE XIX.
MORT DE L'ÉLÉPHANT
La bataille entre ces deux grands quadrupèdes n'avait pas duré dix minutes, et elle avait tellement absorbé l'attention des chasseurs qu'ils avaient renoncé à leur plan d'attaque. Ce ne fut qu'après la retraite du rhinocéros qu'ils délibérèrent sur les moyens de s'emparer de l'éléphant, avec le concours de Hans, qui les avait rejoints armé de son fusil.
Quand il eut cherché son ennemi, l'éléphant rentra dans le lac; il paraissait en proie à une vive agitation; sa queue était sans cesse en mouvement, et par intervalles il faisait entendre un gémissement plaintif bien différent de son cri ordinaire, qui résonne comme un clairon; il battait l'eau avec son corps, en absorbait des flots avec sa trompe et les rejetait sur son dos et sur ses épaules, mais ce bain de pluie ne le rafraîchissait pas.
—Il est en colère, dit Swartboy, et comme nous n'avons pas de chevaux pour l'éviter, il serait excessivement dangereux de nous laisser voir.
—Cachons-nous derrière le tronc du nwana, dit Von Bloom, je vais me mettre en observation d'un côté, et Hendrik se placera de l'autre.
Les chasseurs ne tardèrent pas à se lasser de leur embuscade, et, malgré le danger, ils résolurent d'attaquer l'animal. Ils savaient que s'ils le laissaient s'éloigner ils seraient forcés de se passer de souper, et ils avaient compté se régaler d'un morceau de sa trompe.
—Le temps est précieux, dit Von Bloom à ses fils; glissons-nous dans les brouissailles. Nous ferons feu tous ensemble, et nous nous cacherons en attendant l'effet de nos coups.