La femelle accourut auprès de lui, et sans deviner la cause de sa mort subite, elle vit bien qu'il était mort. Son sang rouge s'échappait de sa blessure; ses yeux étaient vitreux; il était muet et sans mouvement.
Elle se disposait à fuir; mais pouvait-elle se séparer immédiatement de la dépouille inanimée de son compagnon; elle lui devait quelques pleurs; elle avait des devoirs de veuve à remplir; mais elle n'en eut pas le temps. L'amorce pétilla de nouveau; le tube brillant lança son jet de flamme, et la femelle tomba sur le corps du mâle.
Le jeune chasseur se releva, et ne voyant point d'autre gibier dans la plaine, il ne reprit pas le temps de recharger son fusil, comme il en avait l'habitude. Il courut ramasser ses deux victimes, mais qu'elle fut sa surprise de trouver auprès d'elles une troisième antilope encore vivante. C'était un faon qui n'était guère plus gros qu'un lapin, et que l'herbe avait jusqu'alors caché. Il poussait de faibles bêlements en bondissant autour du corps inanimé de sa mère.
Tout chasseur qu'il était, Hendrik ne put se défendre d'une certaine émotion en contemplant ce tableau. Mais il songea que ce n'était pas en pure perte pour satisfaire un caprice qu'il avait tué ces antilopes. Sa conscience ne lui reprochait rien.
Le petit faon était une trouvaille pour Jan, qui avait souvent désiré en posséder un, afin de n'avoir rien à envier à sa sœur; on pouvait nourrir l'orphelin avec le lait de la vache, et Hendrik se promit de le faire élever avec soin. Il s'en empara sans difficulté, car la jeune ourebi refusait de quitter la place où sa mère était tombée.
Hendrik lia ensemble le mâle et la femelle, attacha une forte corde autour des cornes de l'ourebi mâle, et les traîna tous deux derrière lui, la tête la première et dans le sens du poil, ce qui rendait la traction plus facile. Il n'eut pas de peine à les tirer sur la pelouse, tout en portant le faon dans ses bras.
La satisfaction fut générale lorsqu'on vit arriver ce renfort de venaison. Jan fut particulièrement enthousiasmé du jeune faon, et n'envia plus à Gertrude la possession de sa jolie gazelle.
CHAPITRE XXIV.
LES AVENTURES DU PETIT JAN
Il aurait mieux valu que Jan n'eût jamais vu la petite ourebi, car la nuit même l'innocente créature causa dans le camp une panique terrible.