L'ordre du coucher avait été le même que la nuit précédente.
Von Bloom et les quatre enfants s'étaient installés dans la charrette.
Totty était étendue dessous, entre les roues.
Le Bosjesman avait allumé à peu de distance un grand feu, près duquel il s'était endormi, enveloppé dans son kaross de peau de mouton.
La famille n'avait pas été importunée par les hyènes, ce qui se concevait aisément. Les trois chevaux qu'on avait tués dans la journée absorbaient l'attention de ces désagréables visiteuses, dont on entendait les rires affreux du côté où gisaient les cadavres. Ayant largement à souper, elles n'avaient aucun prétexte pour s'aventurer dans le voisinage du camp, où elles avaient été mal accueillies la veille.
Ce fut ainsi que raisonna Von Bloom avant de s'endormir; mais il se trompait. Quoique les hyènes eussent dévoré les chevaux, c'était une erreur de croire que leur appétit insatiable serait assouvi. Longtemps avant le jour, si Von Bloom avait été réveillé, il aurait entendu près du camp le rire frénétique des hyènes, dont les yeux verts scintillaient aux clartés mourantes du feu de Swartboy.
Dans un moment d'insomnie, il avait bien entendu les bêtes féroces; mais sachant que le biltongue était hors d'atteinte, et s'imaginant qu'elles ne pouvaient nuire à personne, il ne daigna pas s'occuper de leurs bruyantes démonstrations.
Cependant il fut réveillé en sursaut par le cri perçant d'un animal aux abois; et ce cri fut suivi d'un autre brusquement étouffé.
Von Bloom reconnut le bêlement plaintif de l'ourebi.
—Ce sont les hyènes qui la tuent, pensa-t-il.