Cependant les deux cavaliers se détachèrent du nuage et vinrent au grand galop du côté de la maison. Ils en étaient encore loin lorsqu'on entendit Swartboy crier d'une voix tonnante.

—Baas Von Bloom, voici les springaan!

CHAPITRE III.

LES SAUTERELLES

—Ah! les springaan, dit Von Bloom en employant le mot hollandais qui désigne les criquets émigrants.

Le mystère était expliqué; le sombre nuage qui s'étendait sur la plaine n'était ni plus ni moins qu'un vol de sauterelles.

C'était un spectacle que n'avait vu jusqu'alors aucun des assistants, à l'exception de Swartboy. Il y a dans le sud de l'Afrique diverses espèces de sauterelles, locustes ou criquets, mais ceux qui voyagent, et que les naturalistes nomment grylli devastatorii, y sont assez rares, et il n'est pas donné à tout le monde d'être témoin d'une de leurs grandes émigrations.

Swartboy connaissait bien ces insectes, et s'il avait montré de l'émotion à leur arrivée, cette émotion n'était pas celle de la peur. Au contraire la joie contractait sa figure, et ses grosses lèvres s'agitaient d'une manière grotesque. Il sentait se réveiller les instincts de sa race sauvage, et les sauterelles étaient pour lui ce qu'est un banc de crevettes pour un pêcheur, ou une abondante récolte pour un métayer.

Les chiens aussi remuaient la queue en aboyant, car pour eux, comme pour le Bosjesman, les sauterelles sont un régal.

Quand on sut que ce n'était que des sauterelles, l'alarme générale se dissipa. Gertrude et Jan se mirent à rire en battant des mains. Personne ne chercha à s'effrayer de l'approche d'insectes inoffensifs, et Von Bloom lui-même revint de son inquiétude première. Le sentiment qui domina fut celui de la curiosité.