Tout à coup les pensées du fermier prirent une nouvelle direction, ses yeux se portèrent sur ses champs de maïs et de sarrasin, sur son jardin si bien garni; il se rappela ce qu'il avait entendu dire des ravages causés par ces êtres destructeurs, et fit entendre des exclamations de détresse.
Ses enfants remarquant qu'il pâlissait, s'étaient groupés autour de lui.
—Vous souffrez? qu'avez-vous? lui demandèrent-ils avec empressement.
—Mes chers enfants, tout est perdu: notre récolte, le travail d'une année, tout cela est anéanti!
—Comment, mon père? qu'entendez-vous par là?
—Les sauterelles vont tout dévorer!
—C'est vrai, dit le grave Hans, qui aimait à s'instruire, et avait lu plusieurs relations des dévastations commises par les sauterelles.
Toutes les physionomies s'assombrirent, et ce ne fut plus avec curiosité qu'on regarda le nuage lointain. Von Bloom le redoutait avec raison: si l'innombrable armée s'abattait sur ses champs, c'en était fait des fruits et de la verdure!
Tous suivirent avec angoisse le vol des sauterelles; elles étaient encore à un demi-mille de distance.
Une lueur d'espérance illumina les traits de Von Bloom, il ôta son grand chapeau de feutre et l'éleva au-dessus de sa tête de toute la longueur de son bras. Il s'assura ainsi que le vent soufflait du nord. Le formidable essaim venait du même côté, comme c'est l'ordinaire dans les parties méridionales de l'Afrique, et il devait passer à l'ouest du kraal.