De quelle manière Swartboy pouvait-il s'en approcher? le sol était aussi dégarni qu'une prairie nouvellement fauchée, et la clairière n'avait qu'une largeur médiocre. Swartboy était même surpris d'y voir un kori, car ces oiseaux ne fréquentent ordinairement que les vastes plaines, pour être à même d'apercevoir de loin leurs ennemis.
L'outarde conservait sa position au centre de la clairière, et ne montrait aucune velléité de se déranger. Tout autre qu'un Bosjesman aurait renoncé à la chasser, mais Swartboy ne désespéra pas. Après avoir recommandé à ses compagnons de se tenir tranquilles, il s'avança sur la lisière de la jungle, et prit position derrière un buisson touffu. Il se mit ensuite à imiter, avec une parfaite exactitude, le cri que pousse le kori quand il provoque un adversaire au combat.
De même que le tétras, l'outarde est polygame, et dans certaines saisons de l'année elle est d'une jalousie terrible et d'une humeur belliqueuse. Swartboy savait que les koris étaient dans la saison des combats, et en parodiant leurs cris de défi, il espérait attirer à portée de sa flèche celui qu'il avait sous les yeux.
Dès que le kori entendit l'appel, il se dressa de toute sa hauteur, étendit sa queue immense, et laissa pendre ses ailes, dont les plumes mères traînèrent sur le sol; puis il répondit à la provocation. Ce qui étonna Swartboy, ce fut d'entendre simultanément deux cris semblables.
Ce n'était pas une illusion; avant que le Bosjesman eût le temps de réitérer son stratagème, un second appel retentit d'un autre côté.
Swartboy ouvrit de grands yeux à l'aspect d'un second kori qui semblait être tombé des nues, mais qui, plus vraisemblablement, était sorti du couvert des buissons; en tous cas, avant que le chasseur l'eût remarqué, l'animal était près du centre de la clairière.
Les deux oiseaux se virent, et l'on put juger à leurs mouvements qu'une lutte entre eux était imminente.
Après avoir passé quelque temps à se pavaner, à faire la roue, à prendre les attitudes les plus menaçantes, à pousser les cris les plus insultants, les deux koris arrivèrent à un état d'exaltation suffisant pour commencer le combat. Ils s'abordèrent avec vaillance, en se servant de trois espèces d'armes; tantôt ils se frappaient respectivement de leurs ailes; tantôt ils se piquaient avec leurs becs, ou, quand ils en trouvaient l'occasion, se donnaient des coups de pieds que la longueur et la force musculaire de leurs jambes rendaient dangereux.
Swartboy savait que, lorsqu'ils seraient au fort de l'action, il pourrait approcher sans être remarqué, et il attendit patiemment le moment propice.
Au bout de quelques minutes, il reconnut qu'il n'aurait pas besoin de se déranger, puisque les oiseaux se dirigeaient de son côté.