Ces explications augmentèrent les alarmes des chasseurs; cependant aucun d'eux ne songea à reculer.

Les empreintes étaient de plus en plus fraîches, les racines des arbres renversés portaient la marque des dents de l'éléphant, et elles étaient encore humides de son abondante salive. Les branches brisées des mimosas exhalaient encore leurs parfums, qui n'avaient pas eu le temps de se dissiper; tout annonçait que l'animal était proche.

Précédés par le Bosjesman, Von Bloom et son fils faisaient le tour d'un massif, lorsque leur guide s'arrêta brusquement. Ses yeux roulèrent dans leurs orbites, ses lèvres s'agitèrent, mais l'émotion lui coupa la parole; il ne fit entendre que des sifflements inarticulés. Il était inutile qu'il s'expliquât d'avantage; ses compagnons devinèrent qu'il avait vu l'éléphant, et se cachant en silence derrière des broussailles, ils regardèrent à leur tour l'imposant quadrupède.

CHAPITRE XXIX.

LE RODEUR

L'éléphant se tenait au milieu d'un massif de mokhalas. Ces arbres, que les botanistes désignent sous le nom d'acacias de la girafe, ont des tiges élancées, surmontées d'un épais feuillage qui affecte la forme d'un parasol. La girafe, avec son long cou et ses lèvres préhensiles, atteint sans difficulté leurs feuilles pinnées, d'un vert tendre, qui sont son aliment favori.

L'éléphant, dont la trompe ne peut jamais s'élever à la même hauteur, serait souvent dans la situation du renard de la fable s'il n'avait un moyen de mettre à sa portée la nourriture qu'il désire. Il brise l'arbre, à moins que le tronc soit d'une dimension exceptionnelle.

Lorsque les yeux de nos chasseurs s'arrêtèrent sur l'éléphant, il venait de casser près de la racine un mokhala, dont il dévorait les feuilles avec avidité.

—Prenez garde! murmura précipitamment Swartboy lorsqu'il eut recouvré sa présence d'esprit, prenez garde, baas! n'approchez pas; c'est un vieux klow, je vous promets qu'il est méchant comme un diable.

Von Bloom et Hendrik regardèrent l'animal et ne lui trouvèrent rien qui le distinguât des autres de son espèce; mais le Bosjesman avait des yeux exercés, et il était incapable de se tromper. Il possédait cette science physiognomonique qui nous fait distinguer un homme vertueux d'un scélérat, sur des indices qu'on saisit sans pouvoir les définir.