Les maisons, quoique très-élevées, ont de l'eau à tous les étages: la ville, bâtie en amphithéâtre, a la forme d'un demi cercle dont une partie est occupée par la mer et le port; l'autre, par les Apennins souvent couverts de neige; le port est dominé par une très-belle terrasse qui sert de promenade, et par le palais Doria, bâti sur le bord de la mer, à l'entrée de la ville, contre des rochers noirs et escarpés: ses colonnes présentent un aspect imposant sur ce port, où Christophe Colomb lança pour la première fois sa barque aventureuse, et commença ces périlleux voyages qui ouvrirent le chemin d'un nouveau monde, vers ces îles parfumées qui semblaient voguer comme des corbeilles de fleurs sur la surface tranquille de l'Océan. Dans cette mer des Antilles, dit Malte-Brun, les eaux sont si transparentes, qu'on distingue les poissons et les coraux à soixante brasses de profondeur. Le vaisseau semble planer dans l'air; une sorte de vertige saisit le voyageur, dont l'oeil plonge à travers le fluide cristallin: au milieu des jardins sous-marins ou des coquillages, des poissons dorés brillent parmi les touffes de fucus et les bosquets d'algues marines.
Dans la cour du palais Doria, on voit une statue d'André Doria, sous la forme d'un Neptune.
Des bandes de galériens travaillent à l'entretien du port, ou tirent de lourds charriots chargés de quartiers de marbre.
Le port franc est en avant de la ville; les marchandises de toutes les nations ne sont assujéties à aucune espèce de taxe; c'est un vaste entrepôt qui excite les étrangers à venir; rien n'est plus avantageux pour la prospérité d'un pays. Le peuple de la ville s'enrichit, mais, afin que le Gouvernement n'y perde pas, les marchandises qui doivent entrer dans la ville, par terre, sont assujéties à un droit de douane. À Trieste, à Vénise, dans plusieurs autres localités d'Italie, riveraines de la mer, le port et la ville adjacents sont exempts de droits qui ne pèsent que sur les marchandises sortant ou entrant par terre. Jugez quelles richesses dans ces cités maritimes, quelle affluence d'étrangers viennent y porter leur industrie et leurs trésors.
À Gênes, il y a une telle liberté de culte, que les Turcs y ont une mosquée.
Les habitants ne balaient jamais devant leurs maisons. Des galériens enchaînés deux à deux, munis de longs balais, traînant avec lenteur un tombereau, nettoient matin et soir les quartiers de la ville.
Les fontaines n'ont aucune ressemblance avec celles du midi de la France; à Gênes, c'est une imitation d'après nature des rochers, qui font tomber l'eau goutte à goutte dans des conques à l'ombre des orangers, où bondit la gerbe d'eau vive sous des arcades de citronniers en fleurs. C'est un roulier qui fait désaltérer ses chevaux dans un petit bassin de Carrare; plus loin, des passants étanchent leur soif à des robinets pratiqués exprès.
Comme nous l'avons déjà dit, presque toutes les rues sont obscures, rapides, étroites; les voitures alors ne peuvent circuler, et les dames de distinction se font porter dans des chaises, précédées de plusieurs laquais. Les hautes et sombres murailles qui se trouvent en face des maisons, rendent les étages inférieurs extrêmement sombres et désagréables; les pièces d'honneur occupent ordinairement la place de nos greniers!
Une seule rue, en ligne irrégulière, qui prend les noms de Strada Nuovissima, Strada Balbi et Strada del l'Annunziata, se fait remarquer par la longue suite des palais Doria, Durazzi, Fiesque, Brignole, Serra, surnommé le Palais du Soleil; rien d'éclatant au monde comme cette succession monumentale de portiques, rangés sur deux lignes, divisés par un pavé de granit doré par cette douce et vaporeuse lumière que le Ciel italien aime tant à prodiguer; on passe des heures en extase devant ces portiques, ces escaliers défendus par des Lions; là se promènent de jeunes et jolies femmes nées pour ces bosquets et ces lieux enchanteurs: sur le pavé poli de ces dalles, passent légères d'autres femmes brunes, fraîches et blanches; souvent ce sont les Grâces, une procession et un cortège admirable de Vénus.
La Salle de Spectacle est aussi fort belle; l'étiquette, comme dans tous les théâtres d'Italie, est d'y rendre visite aux personnes qu'on connaît. La ville étant commerçante, le peuple est laborieux, mais le luxe est sa passion; les femmes excellent à faire des broderies qu'elles confectionnent avec autant de facilité, que nos dames champêtres à tourner le fuseau. La rue occupée par les orfèvres est très-curieuse; nulle part la bijouterie ne travaille aussi bien l'argent, qu'elle sait transformer de mille et mille manières: c'est une profusion d'ouvrages d'or, d'argent, de filigranes, d'agraphes, de bagues, de boucles d'oreilles, de chaînes, de peignes et de coraux.