Les Juifs, à Rome, sont au nombre de sept mille; ils habitent un quartier isolé où tous les soirs on les enferme et on les garde à vue pour les préserver de l'intolérance du peuple.
Sainte-Marie-Majeure possède, dans un tabernacle, la crèche de Jésus naissant, et, dans une niche, l'image de la Vierge peinte par Saint Luc.
À notre arrivée sur la place de la Poste, notre cocher eut une rixe avec un ami de profession; il y eut un échange de coups de fouets dont nous manquâmes de devenir victimes dans notre calèche découverte. En même temps, notre maître d'hôtel nous atteint, et nous annonce qu'un cavalier du Pape est venu nous apporter une dépêche pour une audience pontificale le même jour, que M. Vaur, pénitencier français, extrêmement obligeant, avait sollicitée pour nous. Nous n'avions que trois quarts d'heure pour nous préparer et nous rendre au Vatican: notre toilette fut rapide; nous montons en voiture; le Souverain Pontife nous accueille avec des manières pleines de bienveillance; il paraît témoigner beaucoup d'affection aux Français et nous donne de précieux souvenirs.
Le Pape Grégoire XVI a une physionomie pleine de bonté; c'est un théologien habile, doué d'une grande modestie: de simple camaldule de la banlieue de Vénise, il est parvenu au pontificat et à la tiare par ses talents.
Nous eûmes une conversation agréable avec son bibliothécaire Monseigneur Mezzofanti qui parle quarante-deux langues; comme on lui dit que nous venions de la Bretagne, il se mit à nous entretenir dans l'idiome bas-breton, dialecte qui nous était inintelligible; il fut obligé de nous exprimer sa pensée en français et en italien.
Le majordome du Roi de Rome, Monseigneur Fieschi, eut la complaisance de déranger ses projets, et de nous promener, partout dans les salles, même dans les cuisines, qui nous ont paru ordinaires. Dans toutes les Seigneureries ultramontaines, on suit littéralement l'étiquette, beaucoup d'urbanité et force compliments sont l'assaisonnement de la conversation.
Les premières glaces que nous avons mangées à Rome, nous ont causé d'horribles tranchées, soit qu'elles fussent préparées dans des vases de cuivre, soit qu'elles fussent aromatisées d'eau de laurier.
Nous avons pris des glaces dans d'autres endroits qui ne nous ont pas ainsi travaillé les intestins. On ne voit partout que soutanes et habits ecclésiastiques: il est vrai que les avocats et les huissiers revêtent la toge sacerdotale; mais comme les prêtres dominent à Rome, qu'ils occupent les emplois et font la police, on ne doit pas être surpris de les trouver en nombre même dans les cafés; nous avons vu souvent des ecclésiastiques petits maîtres, fiers comme des abbés de cour, frapper de la canne dans le café, demander au garçon promptement la gazette, et perdre patience si on les faisait attendre un peu. Le jeu de billard y est très en vogue, et les lotteries sont dans tous les coins de rues.
Nous assistons à la belle cérémonie des Palmes, à laquelle figurait l'ex-roi de Portugal Don Miguel, armé d'une riche lorgnette qu'il employait souvent à admirer la beauté des princesses romaines; il aurait dû être pourtant un peu plus modéré, depuis son aventure au bal du prince Borghèse. En dansant, il s'était épris de belle flamme pour la princesse, peut-être dans un mouvement de galop, mais l'incendie était si considérable, que le prince, pour empêcher son désastre, fut obligé d'appeler Don Miguel à un combat singulier; le Souverain Pontife, prévenu de l'affaire, la fit promptement cesser, car Don Miguel vit des bienfaits du Souverain de Rome.
Le grand duc Michel, au nombre des curieux, puisqu'il est encore schismatique, assistait aux cérémonies de la Semaine-Sainte, dans la chapelle Sixtine, dont la voûte est ornée des belles fresques du Jugement dernier, par Michel-Ange; tout le monde sait apprécier cette oeuvre magnifique du peintre, mais, dans nos pays, nos yeux, adoucis par les voiles et les gazes, ne pourraient supporter ces chefs-d'oeuvres de la belle nature.