Sur la route, la vigne, en guirlandes, semble avoir été oubliée après une fête; leurs festons de verdure sont jetés comme des filets sur la cime des arbres; le souvenir de ces tableaux revient sans cesse; on voudrait ne plus quitter ces sites de l'Arioste.
Les vaches de Castellamare sont renommées par la bonté de leur lait.
C'est à Castellamare que se font les constructions navales ordinaires; les chantiers nous ont paru peu animés, en comparaison de ceux de nos ports: le nombre des forçats n'est pas très-considérable; le bagne est sur le même pied que ceux de France et de Gênes.
Notre domestique de place marchande le louage d'une embarcation pour nous rendre à Caprée: enfin nous voilà sur le golfe napolitain avec huit nautonniers et une barque légère; au milieu des plus jolies grottes dans le rocher, nous relâchons à Sorrento, pour saluer le palais du Tasse; ce palazzo appartient au duc de Montfort, son descendant, il renferme peu de richesses: au-dessous, près de la mer, est un temple de Neptune qui devait si bien inspirer le génie du poète; puis, à peu de distance, est présentement une maison aux Jésuites.
Les orangers, les cédrats, les poncires étaient si chargés, qu'ils pliaient sous le poids des fruits, et leurs fleurs odorantes emportées par les doux Zéphirs, parfumaient notre route.
Nous remontons sur notre pirogue, et nous entonnons des cantatilles et des barcaroles:
À Naples, ville heureuse,
La vie est gracieuse
Comme un jardin fleuri.
Sous ce beau ciel d'étoiles,
Quand la nuit tend ses voiles,
Le gai Napolitain
Chante la sérénade.
Des concerts, des prières,
Un ciel pur, des cratères,
Voici Naples toujours.
La mer est couverte de filets qui restent sept mois dans les ondes, pour la poche du thon; plus loin, on aperçoit les ruines du temple d'Hercule. Ici c'est le villago di Massa. Nous continuons de voguer au milieu de ces merveilles; mais la mer, dont les bords sont couverts de soufre, devient houleuse, et offre un peu de danger: enfin nous débarquons à Caprée, île très-pittoresque, où résident quatre mille insulaires, et célèbre par l'éclatante victoire du général Lamarque. C'est à l'entrée du golfe de Naples que se trouvent les délicieuses îles de Caprée, d'Ischia, de Procida: dans ces deux dernières, les femmes ont conservé les habillements des anciens grecs. La physionomie des femmes de Procida et d'Ischia est empreinte du type grec; elles portent une longue robe flottante, elles vont jambes et pieds nus; leur taille svelte et étroite est emprisonnée dans un corset de velours, et sur leurs épaules, largement découvertes, tombent des flots de leur chevelure liée au sommet de la tête, à la manière antique. Nous avons vu, à Caprée, les restes du palais d'Auguste, ceux des douze palais élevés aux douze divinités majeures; on voit encore des ruines du Forum, des Thermes, l'emplacement d'une villa de Tibère. Nous descendons à l'hôtel de Salvator Petagno. Nous fîmes un bon repas dans cette île enchantée. Point d'ennuyeux laquais épiant nos discours, critiquant nos maintiens, murmurant d'un trop long dîner, se plaisant à nous faire attendre à boire, comptant nos morceaux d'un oeil avide; nous étions nos valets pour être nos maîtres. Nos hôtes sont fort aimables, musiciens et danseurs tout à la fois. Après le souper, ils nous régalent de la danse sentimentale dite la Tarentèle, plus joyeuse que le Boléro des Espagnols, et, au bout d'une demi-heure, nous nous mîmes à danser avec eux, au son de leur mélodieuse guitare. À la porte de leur hôtel sont exposées de grandes cornes, espèce de talisman ou d'amulettes, pour préserver de la Guetatou, mauvais génie ou la fatalité; les Messieurs et les Dames en portent de fort élégantes. Caprée est couverte d'oliviers, de vignes et de colza.