—Oui.

—Épousez Monsieur Auguste.

—Qui ça, Auguste?

—Monsieur Auguste, c'est le surnom que l'on donne au brillant aviateur dont on vient d'écraser devant vous la signature. Mais c'est vrai, vous ne pouvez pas comprendre. Vous êtes trop jeune. Il y a une vingtaine d'années, chaque cirque avait son Monsieur Auguste. Son rôle consistait à singer maladroitement les autres. Il était vêtu d'un habit trop vaste, d'un pantalon trop court, d'un chapeau trop petit, d'une cravate trop large et de gants trop longs. Il avait le nez rouge et le toupet pointu. Prétendait-il imiter un tour d'adresse? Il le ratait. Un tour de force? Il s'aplatissait. Courait-il offrir la main à l'écuyère? Il s'étalait. Par sa désopilante gaucherie, il soulignait l'habileté de ses camarades. Bref, une mouche du coche qui ne saurait même pas voler. Eh bien! la troupe des aviateurs possède son Monsieur Auguste. Vous l'avez vu. C'est Dubisson, l'homme à l'album.

Popette remarqua:

—Mais il n'a ni vêtements trop courts, ni gants trop longs. Il est même très bien habillé.

—Évidemment, il n'a pas le costume de M. Auguste. Mais il en a la manière. J'entends qu'il imite ses concurrents d'une façon maladroite, affairée, inutile et comique. Il est de tous les meetings. Plein de zèle, il s'installe aux hangars avant tous les autres. C'est même la seule circonstance où son appareil arrive le premier... Puis la réunion s'ouvre. Chaque après-midi, M. Auguste sort son aéroplane. Il l'amarre à son hangar à grand renfort de câbles. La face inspirée, le torse en bataille, il prend place au volant. On met le moteur en marche. La foule accourt au tintamarre. L'hélice tire si fort que, semble-t-il, l'appareil va entraîner le hangar comme un cheval emporte une voiture. C'est superbe. Alors, M. Auguste coupe l'allumage et descend, imperturbable et satisfait. La séance est terminée.

«Cependant, parfois, à la tombée du jour, il se hasarde sur la piste, en aéroplane. Il la parcourt, inlassablement, sans jamais quitter le sol. Les mauvaises langues affirment qu'il a entrepris à forfait le labourage du terrain. Il lui arrive même de varier ses exercices. Il défonce une barrière, éventre une tente ou bien pique du nez et reste la queue en l'air. Jamais personne ne l'a vu se décoller du sol.

«Et, pourtant, il garde sa confiance sereine. Quand de grands personnages visitent les hangars, il leur décrit son appareil avec une complaisance minutieuse. Il excelle à ces démonstrations au point fixe. C'est son triomphe. La foi l'illumine. Il croit vraiment que c'est arrivé. Et vous voyez qu'il distribue les autographes sans embarras ni confusion, tout comme un roi de l'altitude ou de la distance. Pour être un homme volant, il ne lui manque que de voler.»

Popette hausse les épaules et s'éloigne. Sans doute, elle m'en veut de l'avoir si longuement entretenue de ce fantoche...