«J'arrivai enfin à l'usine. Parnell n'avait fait qu'une chute sans gravité. Il avait simplement cassé du bois. Ah! mon amie, quel soulagement tout de même! Je respirai, allégée, purifiée, libérée. J'étais heureuse de savoir que la tentative n'était pas tellement dangereuse, qu'elle n'avait pas entraîné d'accident mortel. Mais je l'étais surtout de me sentir délivrée de ma mauvaise joie, de ma cruauté impitoyable, presque criminelle... Et entraînant mon mari à l'écart, je me jetai dans ses bras. Il me semblait qu'il venait d'échapper à un grand danger... et moi à une petite infamie.» [82]
XI
AUGUSTE
—Eh bien, demandai-je à Popette, où en sont vos petites affaires de cœur? Vous avez décidé, en arrivant ici, d'épouser un homme volant. Nous sommes à la moitié de la Quinzaine. Votre choix se dessine-t-il?
Popette répliqua prestement:
—Je balance encore. Vous comprenez, ils me plaisent tous, en général, justement parce qu'ils sont aviateurs. Et chacun me plaît, en particulier, par ses qualités personnelles. Rémy Parnell est si élégant, Lerenard est si bon, Savournin est si gai, et Barral si galant. C'est très embarrassant.
Nous nous étions assis face à la piste sur un banc improvisé: une volige posée sur deux tréteaux et recouverte avec de vieux numéros de L'Auto. Car le signe caractéristique d'un hangar d'aviation, c'est de manquer de sièges. La planche était flexible et Popette ne sait pas rester en place; aussi nous dansions comme bouchons sur l'eau. C'était assez désagréable et cependant nous inspirions de l'envie aux passants obligés de rester debout.
Au moment même où Popette me confiait sa perplexité, une jeune femme accosta devant nous un gentleman guêtré de cuir et coiffé de feutre. Un porte-plume et un album à la main, elle lui demandait évidemment un autographe. L'air flatté, le torse avantageux, l'homme aux guêtres signa. Aussitôt la dame plia la feuille en deux. C'était la mode, d'écraser tout vif le paraphe des aviateurs et d'examiner ensuite les arborescences fantaisistes que l'encre fraîche avait jetées sur le papier.
Le héros de l'aventure ne m'était pas inconnu. Je dis à Popette en manière de plaisanterie:
—Voulez-vous que je vous tire d'embarras?