—En tous cas, vous en êtes arrivés à vos fins, tous les deux. Vous êtes libres, vous vous croyez libres. Mais moi je te répète que je ne veux pas que vous profitiez de votre liberté. Écoute. J'ai voulu voir... ce vol... J'étais dans la foule. J'entendais tout ce qu'on disait de lui, de toi, de vous deux. Ah! ce que j'ai souffert... Ce que j'ai eu envie d'étrangler des gens autour de moi... Alors, je ne veux pas que ça continue... Je ne veux pas assister toute la vie à votre apothéose. Ce n'est pas possible. Je vous empêcherai de vous... Renonce, Claire, crois-moi, tu feras bien. Renonce.
Il respirait tellement la cruauté, la perfidie, la souffrance, qu'elle eut peur. Que pouvait-il contre eux? Un meurtre? Non. Il était trop lâche. Une trahison sournoise? Mais Lucien, prévenu, se tiendrait sur ses gardes. Si pourtant il parvenait à réaliser ses menaces? Alors quoi? Faudrait-il donc, pour éviter tout danger, renoncer au cher avenir? Non. Ils souffriraient trop, tous les deux. Elle agita la tête:
—Il n'y a plus rien de commun entre nous maintenant. Je ne vous obéirai pas. Laissez-moi, une fois pour toutes.
Déjà, elle rebroussait chemin vers les ateliers. Il la toucha à l'épaule, d'une main agitée et brûlante:
—Vous ne serez pas à un autre. Vous n'épouserez pas cet homme.
Elle déclara fermement:
—Nous sommes fiancés d'aujourd'hui même. Je l'épouserai.
Alors, décomposé de rage, il grinça:
—C'est bien. J'ai voulu vous prévenir. J'ai voulu éviter un malheur. Ne vous en prenez qu'à vous de ce qui arrivera.