«J'étais indigné. Je suffoquais. Et c'est de cette minute-là que date ma vocation. Les poings serrés, j'évoquai la folle joie de faire la nique à ces gardes-chiourme, de hâter la fin de cette barbarie. Je voulus me joindre à la petite escouade qui prépare les temps futurs, avancer l'ère où les États devront demander, par la force des choses, leurs ressources à des moyens moins avilissants.

«Je veux être le premier à franchir, en aéroplane, une frontière. Avant que—par une réaction dérisoire, mais inévitable—on n'essaie d'entraver l'irrésistible mouvement par des saisies à l'atterrissage, je veux donner l'exemple. J'irai m'installer dans la plaine de Neufchâtel. Je passerai le Jura, précisément au-dessus de Vallorbes et de Pontarlier. Et dans un instant voluptueux, qui me paiera de mon labeur et de mes risques, je tiendrai, ahuris et penauds, mon homme galonné et ses sbires à leur vraie place, sous mon séant...»

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L'ARTICLE 552

L'ARTICLE 552

Vers la cinquantaine, M. Gilet, petit boutiquier batignollais, veuf, sans enfant, hérita une maisonnette au milieu d'un clos, dans un village bourguignon. Il s'y fixa. Et dès lors, l'instinct propriétaire, qui couvait en lui, fermenta, se déchaîna avec une violence furieuse.

Le désir de s'affirmer, de durer, de se prolonger par la possession est au cœur de l'homme. Mais, dans cette âme étroite et mesquine, il prit sa forme la plus vile et la plus répugnante.

M. Gilet jouit de son bien avec un égoïsme épais, une jalousie féroce. Nul ne franchissait son seuil. Il n'avait de tendresse que pour sa terre, ses fruits et ses légumes. Car il avait proscrit les fleurs, qui tiennent une place inutile.