Ils passaient chez lui, ces oiseaux qui montaient, planaient, descendaient, qui lançaient des cris d'ivresse éperdue et signaient leurs grands paraphes sur la page bleue du ciel.

Ils étaient à lui, ces parfums qui voguaient dans l'air, au-dessus de son clos. Parfum sucré des lilas, parfum chaud des blés mûrs, fin parfum de la vigne, âmes de fleurs éprises, baisers odorants qui cherchent où se poser. Et il les respirait avec délices, la face élargie.

A lui, le beau nuage aux flancs dorés, dont la forme changeante semble tour à tour imiter en reflet tous les spectacles de la terre, le troupeau, la montagne, le visage humain, le corps de la femme, la mer...

A lui, tous les astres qui s'allumaient au zénith. Le cerveau craquant, il apprit leur vie, leurs mœurs, leur éloignement insensé. Ainsi, il possédait des mondes, des soleils, des univers, encore plus loin, toujours plus loin, sans fin... Et pareil au bouquet de fête dans sa robe de papier blanc, son domaine, s'évasant sans cesse, jetait à l'infini sa gerbe d'étoiles.

Et M. Gilet, perdu dans sa contemplation, décidément levait le front. La terre passait au second plan, cessait d'être pour lui l'unique attrait de la vie.

Les liens étroits qui l'attachaient au sol se détendaient. Il planait dans son domaine sans bornes. Et il devenait indulgent et magnanime, comme tous ceux qui regardent de haut la fourmilière humaine.

Son intelligence brisait sa coque dure, s'aérait, suivait le nuage, les parfums, les oiseaux, montait jusqu'aux étoiles. Les vastes pensées descendaient en lui, puis l'emportaient d'un coup d'aile.

C'est ainsi qu'en une métamorphose singulière ce petit propriétaire racorni se redressa, s'éleva, s'élargit, s'accrut, s'épanouit, grâce au bienfait de l'article 552.

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