Tant de raisons complexes ont joué dans ce classement ! Il y a des carrières qui furent brillantes dans le passé et qui gardent un éclat persistant : la carrière diplomatique, bien que ses mœurs soient surannées, son rôle, hélas ! souvent vain et parfois dangereux.

Puis il y a des titres qui inspirent d’autant plus de respect qu’on les comprend moins : Conseiller référendaire à la Cour des Comptes.

D’autres préjugés viennent d’un passé plus lointain. Si le commerce ne jouit pas de plus d’estime, c’est peut-être qu’il était exercé dans les anciennes civilisations par des esclaves.

Enfin, la vieille supériorité de l’âme sur le corps a exalté démesurément le travail de l’esprit et rejeté dans l’ombre le métier manuel.

Qu’en conclure ? Que cette hiérarchie s’est assise sous cent influences complexes, illogiques, et qu’il faut puiser, dans le sentiment de cette incohérence, la force de s’affranchir de ses décrets.


Une preuve de l’injustice des préventions contre les métiers manuels : au début de l’automobile, le milliardaire qui conduisait lui-même réparait la panne. Il se mettait du cambouis jusqu’au coude, jusque dans les cheveux, il trifouillait sa voiture jusqu’aux entrailles, et il ne trouvait à cette besogne rien de déshonorant ni de pénible.


Il faut bien se rendre compte de l’importance et de la nécessité de l’apprentissage. C’est lui qui nous fait profiter de tout l’acquit des générations qui nous ont précédés.

Ce serait folie de vouloir s’en affranchir. L’amateur le plus habile, livré à ses seules ressources, ne parviendra jamais à faire un assemblage aussi correct que celui d’un modeste menuisier de village.