On n’apprend pas à « se servir de la vie ». J’entends par là que les enfants, dont la cervelle est bourrée, en vue des examens, de notions dont ils n’auront jamais besoin, ne sont pas initiés à toutes sortes de petites connaissances utiles qui rendraient la vie d’un usage plus commode.

Ainsi, pour préciser par un exemple, entraîne-t-on un adolescent à se servir de la poste ? A l’envoi des mandats, des différents mandats ? A quel moment lui apprend-on les diverses manières d’expédier un paquet, par colis postal, messageries, etc. ?

Mais, dira-t-on, il l’apprendra bien à l’user. D’abord, mieux vaut le lui enseigner au moment où, au dire même des pédagogues, il a la mémoire facile. Puis, dans la vie, plus tard, on n’a pas le temps.

On n’apprend pas à écrire une lettre, un télégramme, à les composer d’avance dans sa tête, à être clair, précis, à faire tenir en peu de mots l’essentiel, à mettre chaque chose à sa place. Les lettres ? Nous ne savons même pas les lire. Faites l’expérience. Ou nous sautons des mots, ou nous faussons leur sens.

On n’apprend pas à parler au téléphone, à y dire d’abord l’important, sans bavardage préliminaire, pour le cas où la communication viendrait à être coupée. Et toujours à être exact, limpide, à y verser une parole dépouillée.

Ce sont de petits arts nécessaires.

En somme, qu’il s’agisse de manier le bois, de manier le fer, de manier la plume, ou de manier l’argent, tout exige un apprentissage. Ni l’instruction, ni l’éducation ne nous le donnent.

Les « Applications ».

L’enseignement officiel se flatte de donner une culture générale. Mais c’est une culture sans fruit. Avec elle, on ne récolte pas. On pioche dans le sol aride, on l’abandonne dès qu’il devient fécond. Aussitôt que la leçon menace de devenir intéressante, de s’appliquer à la vie, au point précis où apparaîtrait son utilité, elle s’arrête.

Cet enseignement a ses raisons de planer sur les hauteurs, de dédaigner la terre. Il entend découvrir à l’esprit des vues plus étendues, l’élargir et l’assouplir. Certes, une telle gymnastique doit permettre de descendre ensuite aisément aux vulgaires contingences. Mais le détour est singulier. On rirait d’un quidam qui monterait en ballon pour apprendre à marcher.