Pourquoi, lorsqu’on a commencé de bâtir des gares, des casernes, des hôpitaux, des lycées, a-t-on fait « triste ? » Pourquoi n’avoir pas fait riant ? Il n’en eût guère coûté davantage. Je sais deux gares charmantes. L’une, où le poste d’aiguillage est pavoisé de roses. L’autre, où la vigne entoure les piliers de la marquise et fait à son fronton une frise admirable. L’exemple est à suivre.
Les seuls établissements publics qui soient gracieux, n’étaient pas destinés à leur emploi actuel : les ministères, installés dans des palais désaffectés. Et encore, bien vite, l’esprit administratif a su les enlaidir, à grand renfort de banquettes, de cloisons, de tapis verts, taches d’encre et garçons de bureau.
Ouvrez un dictionnaire de synonymes. Les mots tristes ont beaucoup plus d’équivalents que les mots gais.
Autre preuve du triste penchant qu’on pourrait redresser : La plupart des présages annoncent un événement fâcheux : le sel répandu, les couverts croisés, treize à table, la glace brisée, etc. Il n’y en a qu’un qui soit optimiste. « Araignée du soir, espoir ». Encore semble-t-il avoir été forgé pour faire pendant à : « Araignée du matin, chagrin ».
En somme, il y a peu de présages de bonheur.
Nous avons un mot qui signifie : dire de quelqu’un du mal injustifié. C’est médire.
Mais nous n’avons pas de mot qui signifie : dire de quelqu’un du bien injustifié.