Il faut que l’effort de chaque pionnier serve à ceux qui lui succéderont. Il faut qu’ils puissent profiter de ses recherches, qu’ils retrouvent les déterminations qu’il a prises, les directions qu’il a suivies, l’empreinte de ses pas.
Cet ouvrage n’a pas d’autre but, ni d’autre plan. C’est un ensemble de modestes solutions aux innombrables problèmes qui se posent au long de la route. Ce n’est qu’une suite d’opinions. Et on ne s’en étonnera pas. En effet, qu’est-ce qu’éduquer ? C’est compléter, fortifier et redresser, par l’influence du milieu, les notions confuses déposées dans le petit être par l’atavisme et l’hérédité. Or, nous ne pouvons agir sur l’enfant que par notre exemple, nos causeries, nos enseignements ; et nous ne faisons alors, en toutes ces circonstances, qu’imprimer dans la jeune cervelle nos propres opinions sur toutes choses…
La première partie de cet essai est précisément un exposé des opinions générales dont nous souhaitons que les enfants soient pénétrés, plus encore par les entretiens de leurs parents et l’atmosphère du foyer que par la lecture des livres et les leçons des maîtres.
La seconde partie est toute d’adaptation.
Quant au titre de cet ouvrage, il est emprunté à l’une de ces vues morales qui se sont affranchies des anciens dogmes.
PREMIÈRE PARTIE
OPINIONS
CHAPITRE PREMIER
LE BONHEUR
Quand on se lance, hors de la grande route, hors des chemins battus, possède-t-on une indication générale sur la direction à suivre ? La vie humaine a-t-elle une tendance ? Car cette tendance devrait nous guider. Nous devrions marcher dans son sens.
Oh ! Il ne s’agit pas de rechercher le destin final de l’homme. A ce sujet, disons-nous simplement que cette planète mourra comme les autres. Il s’agit de savoir s’il existe une aspiration commune à tous les êtres depuis qu’ils respirent sur la terre, un signe indicateur de la vie. Hélas ! La plupart des humains ne se posent même pas la question. Ils naissent, subsistent, meurent, sans avoir pris conscience de ce qu’ils ont tenté de réaliser pendant leur vie.
Et pourtant, cette tendance existe. Voyez une rue fréquentée, vers le soir. Tous les passants courent, se hâtent, se pressent. Or, si les buts sont différents, le mobile est unique. Obéissant tout droit à leur instinct débridé ou tenus en lisière par le devoir, cherchant l’utile ou l’agréable, la hautaine volupté du sacrifice ou le bas plaisir, regardant le ciel ou la terre, tous aspirent à réaliser leur désir, tous vont vers leur satisfaction. Oui, tous, malgré des apparences contraires, malgré de déconcertants détours, tous veulent leur bonheur.