Quand on a le sentiment de cet inconscient, on s’explique bien des décisions subites, qui se sont élaborées dans l’antre, dans l’ombre de nous-mêmes…
A l’inverse, il arrive fréquemment que des paroles, des images, bref le butin de nos sens, tombent dans notre inconscient sans que nous les percevions au passage, sans que nous ayons eu le temps de les enregistrer, un peu comme un visiteur se glisse dans l’immeuble sans être vu du concierge.
Grâce aux journaux, nous nous soucions de toutes sortes de faits que nous eussions ignorés sans cette lecture. A propos d’événements qui ne nous touchent pourtant pas directement, nous nous créons des petites joies, des petits chagrins, des triomphes et des défaites. Nous savons ce qui se passe dans l’univers et dans l’esprit des autres. Nous participons plus que nos ancêtres à la vie générale. L’information nous arrive en ondes rapides. Et notre conscience du monde s’en trouve prolongée.
Ainsi elle s’étend en surface. De même qu’elle doit, physiologiquement, gagner en profondeur. Au fur et à mesure que des êtres se civilisent, le domaine de la conscience doit conquérir dans leur cerveau des zones nouvelles, empiéter de plus en plus sur l’obscure région de l’instinct.
Nous devenons conscients de plus de choses autour de nous et de plus de choses en nous.
Dans une nouvelle étape, cette conscience de l’univers deviendra plus sensible. Elle nous aidera à compatir. Ainsi, jadis, nous eussions ignoré une catastrophe lointaine. Aujourd’hui, nous la connaissons, mais elle ne nous émeut pas. Plus tard, elle nous touchera comme nous touche actuellement une catastrophe toute proche.
J’ai dit que, dans notre cerveau, le domaine où s’exerce la conscience, le contrôle de la pensée, devait grandir peu à peu et que cet accroissement devait marquer notre progrès, nous éloigner des animaux, chez lesquels semble régner l’instinct.