Mais cette expansion du domaine de la conscience ne se manifeste-t-elle pas dans cet organisme encore imparfait qu’on appelle un peuple ? Est-ce que le progrès de ce peuple en civilisation ne se marque pas par le nombre toujours croissant d’éléments, c’est-à-dire d’individus, qui prennent conscience d’être des hommes, qui ne se laissent plus mener comme un troupeau, avec des ordres — ou des mots d’ordre — qu’ils ne comprennent pas, qu’ils n’examinent pas ? Il faudrait agrandir encore cette conscience sociale, en surface et en profondeur, l’enrichir de vérités nouvelles. Ainsi, un grand progrès ne sera-t-il pas accompli, le jour où la majorité des gens seront pénétrés de cette notion que faire du bien à autrui, c’est s’en faire à soi-même ?


Plus nous pourrons contrôler nos gestes, nos paroles, avant de les laisser jaillir de nous-mêmes, plus nous nous améliorerons.

Et il me semble que l’être se perfectionne dans ce sens. La zone de sa conscience s’agrandit. C’est-à-dire qu’il prend conscience d’un nombre grandissant d’instincts qui jadis s’évadaient, l’entraînaient d’une impulsion, sans contrôle.

Qui n’a observé ce phénomène sur soi-même ? Avant de prononcer une parole, généralement on l’essaye. Et c’est après l’avoir ainsi vérifiée qu’on la laisse passer.

Mais il y en a qui jaillissent de nous-même sans passer au guichet de la réflexion. Ce sont les impulsions.

Eh bien, ces impulsions gagneraient à être contrôlées. Qu’y perdrait-on ? Nous ne laisserions plus échapper, après ce petit examen, le mot méchant, les suggestions de la haine et de la vengeance. Et nous donnerions tout de même la volée aux élans du cœur. Il faut réfléchir avant d’agir, faire passer toutes les sollicitations de notre instinct au contrôle de la conscience. Encore une fois, pas de regret : si le geste est beau, nous l’accomplissons. S’il est sot, nous le retenons.

Ce don d’examen, c’est un des signes de la conquête humaine.

De la Fidélité.

La vertu qu’il importe peut-être le plus de cultiver en nous, c’est la fidélité. Et je l’entends au sens le plus large, qui s’étend jusqu’à la loyauté. La langue a d’ailleurs elle-même prévu cette synonymie : l’immuable attachement d’un peuple à sa race originelle ne s’appelle-t-il pas le loyalisme ?