La bravoure.

La vraie bravoure, dans un monde conscient que nous devons tous travailler à construire, ce sera d’exposer sa vie pour un effet utile.

Actuellement on trouve brave celui qui expose sa vie, tout court. On n’examine pas s’il l’expose par ostentation pour éblouir des témoins, pour leur montrer qu’il n’a pas peur de la mort ni du danger. On n’examine pas s’il l’expose dans une impulsion pour un effet futile, qui ne vaut pas son sacrifice.

A la vue de ces actes irréfléchis, s’éveille et applaudit en nous un très vieil instinct qui nous pousse à admirer le mépris de la mort, le dédain de la vie.

On dira que ce vieil instinct contient en germe l’altruisme, puisqu’il nous fait admirer l’homme qui sauve son semblable. J’en doute. Car on admire aussi l’homme qui risque sa vie pour un tour de force, pour le plus stupide pari, où nulle existence n’est à sauver.

Ainsi que nos autres sentiments — plus même que beaucoup de nos sentiments — la bravoure demande à être contrôlée, pour devenir consciente, cesser d’être parfois un jeu de vanité, pour s’exercer utilement, noblement, humainement.


Il a dû se produire une confusion dans l’esprit. On admire l’exploit qui sauve une existence ou qui vainc une difficulté utile à briser. Et, par extension, par généralisation, on en est venu à admirer l’exploit qui sauvera peut-être une existence, même en en sacrifiant certainement plusieurs, ou l’exploit qui vaine une difficulté puérile.


Au point de vue de la bravoure, de ce qu’elle est et de ce qu’elle devrait être, on pourra examiner ce petit problème : quand un cambrioleur vous donne à choisir entre le silence et la mort, pourquoi l’homme qui s’est tu sort-il un peu diminué de l’aventure ?