Il aurait donc dû plutôt mourir ? Ainsi il apparaît bien qu’en ces questions de bravoure, de peur, de dévouement, une conception nouvelle devrait s’établir, où aurait passé la claire raison.


Il y aurait beaucoup à réformer dans les idées qu’évoque le suicide.

On a mis de la honte autour de lui, comme on en a mis autour d’autres actes qui nuisaient au sort de la race et qui étaient faciles à accomplir : l’onanisme, qui va contre la reproduction ; la désertion, qui va contre la nation ; le faux-monnayage, qui va contre le monopole financier de l’État. On a donc élevé une barrière de honte contre ces tentations.

Dégagé de préventions, le suicide apparaît avec une face nouvelle. Il apparaît comme une évasion hors de la douleur. Évasion qui demande du courage. Car elle doit vaincre l’instinct de conservation, forcer l’affreux passage de la vie à la mort.

Quant au droit au suicide, il faut distinguer. Il me semble que l’homme qui ne produit rien pour la communauté et qui est seul sur terre peut parfaitement se détruire.

Celui qui est l’objet d’affections ou qui croit avoir encore à produire œuvre utile doit au contraire mettre ces considérations en antagonisme avec les souffrances ou les épreuves auxquelles il veut échapper.


Une des curieuses inconséquences de notre morale, c’est qu’on a mis de la honte autour du suicide, autour de l’être qui sacrifie sa vie pour échapper à la douleur, et qu’on a mis de l’admiration autour de l’être qui sacrifie sa vie même pour un exploit inutile, voire stupide.

La mort.