Comme on sait peu de choses sur la seule certitude de la vie, la mort ! On dit d’un être : il est mort. On met à son chevet deux bougies, de l’eau bénite, un médecin hâtif passe, et le cadavre est happé par les exigences de l’Administration.
Sans doute, l’instinct de résignation, l’horreur méprisante du corps, exploités par la religion, servent l’ignorance où l’on veut rester de la mort.
Et cependant la mort n’est pas si vite définitive. La physiologie a découvert que les organes et les tissus meurent successivement. Elle a fait revivre des organismes. Les expériences de Carrel en sont témoin.
L’automobile est venue illustrer cette notion : en bien des cas, on pourrait réparer la machine. Si on remplaçait l’organe lésé, elle repartirait, elle revivrait. Abandonnée après la panne au bord de la route, elle s’effriterait, se rouillerait, achèverait de se dissoudre, de mourir.
Un médecin légiste me disait qu’un milliardaire qui se ferait suivre, comme de son ombre, d’un médecin, échapperait à un certain nombre de chances de mort, à celles qui suspendent la vie sans la briser du coup.
D’ailleurs, la traction rythmée de la langue dans toutes les asphyxies montre qu’on va de plus en plus profondément chercher la vie dans la mort. La mort recule comme l’ignorance.
Cette notion de la mort successive, continue, ouvre une vue singulière. Les gens qu’on a ranimés, grâce à la traction rythmée de la langue, ont été retirés de la mort. Ils ont commencé à mourir. Ils ne rapportent de cette incursion aucun souvenir. N’est-ce pas un début de preuve de la non-existence d’un au-delà ?
Il n’y a qu’une certitude dans la vie : c’est la mort. Tout le reste n’est qu’hypothèse. Et je m’étonne toujours qu’on n’ait pas bâti tout l’édifice de la vie sur cette solide certitude de la mort. En se représentant la vie comme enfermée dans un espace clos, on est plus tenté de l’emplir, de la faire intelligente, dense et belle, que lorsqu’on ne s’imagine point ses limites.
Il est singulier qu’on n’ait encore fondé, comme édifice de vie, sur la certitude de la mort, que les Assurances.