N’est-ce pas une foi, de croire à une justice plus juste, à une liberté plus libre, à une vie meilleure sur la terre ?


L’idée divine pénètre profondément l’être humain, elle se glisse en particulier dans la langue, expression et reflet de la pensée, héritage que se transmettent les générations. On dit : « Adieu ». On s’écrie : « Mon Dieu ! Jésus ! Ciel ! Grand Dieu ! Bon Dieu ! » On rend grâce à Dieu : « Dieu merci ! Le Ciel soit loué ! » Le mot est sur les lèvres. Est-il autant dans les cœurs ?


Mais il y a, dit-on, un besoin de prier, de se réfugier à l’abri d’une grande puissance inconnue, de lui demander secours dans l’extrême péril. Soit. Mais pourquoi ceux qui éprouvent ce besoin n’auraient-ils pas leur dieu, sans se plier à toutes les exigences du dogme, qui apparaissent si étranges, souvent si choquantes, quand on n’a plus la foi simple et aveugle que nous prêtons à nos ancêtres de l’an mille ?


Un penchant de notre esprit incline à accepter la souffrance sans examen ni révolte, sous la terreur obscure d’un châtiment. C’est une pente qui plonge vers les lointains abîmes du passé, où l’homme faible et désarmé, blotti au fond d’une caverne, frémissait aux rugissements des monstres et croyait les entendre dans toutes les clameurs de la nature. C’est sur cette pente que les religions ont volontiers bâti leur église.


Certes, la religion n’a jamais fait que répondre aux appels de la créature. Mais ses prêtres n’ont point résisté à la tentation de dominer, de transformer leur influence en instruments de pouvoir, d’enchaîner les bras qui se tendaient vers eux. Le besoin de la prière et des pompeuses cérémonies a empli leurs temples et leurs aumônières ; le besoin de confession leur a livré les foyers et les cœurs ; la peur de la vie brutale a peuplé leurs cloîtres et leurs retraites ; et la peur de la mort a surtout servi leur puissance. Car, apaisant cette crainte par la promesse du paradis, ils ont exalté du même coup la résignation aux misères terrestres, poussé ainsi les masses moutonnières vers les durs labeurs et les massacres stupides.