Voilà le vrai progrès moral, la plus précieuse conquête du présent sur le passé, cette tendance à l’expansion de soi-même vers les autres. L’être le plus barbare est celui qui, enfermé dans sa dure carapace, satisfait bassement, âprement, ses seuls appétits. Le plus civilisé est le plus sensible à la vie extérieure, celui qui s’y mêle et qui s’y donne. Ainsi la créature peu à peu obéit à la loi universelle, à la douce loi de rayonnement : l’astre scintille, la fleur embaume, l’homme aime.


Les fleurs sont le symbole de ce qu’il y a de meilleur et de plus noble en nous. Les bêtes nous rappellent par leur exemple nos nécessités, nos bas besoins, nos pauvres postures. Les bêtes nous rappellent notre bête. Tandis que les fleurs nous rappellent la fine fleur de nous-même. Elles ne sont pas égoïstes. Elles rayonnent, elles exhalent un peu d’elles-mêmes, elles se répandent, elles se donnent. Et elles montent toujours droit vers la lumière.

Puis elles se nourrissent discrètement, par la racine. Elles boivent une goutte de rosée. Leur petit cadavre ne sent pas mauvais. Et elles cachent leur sexe dans leur cœur, au centre d’elles-mêmes. Elles sont de l’amour, offert dans la robe des pétales.

Solidarité.

La plus grande découverte humaine est peut-être celle de l’interdépendance des êtres, des choses mêmes, la connaissance des liens invisibles qui les unissent et qui les rendent solidaires.

Elle est récente. La notion n’en est pas encore installée dans les esprits. Car elle a été mise en lumière par la science. Les lois de la gravitation universelle nous ont appris que les astres exerçaient les uns sur les autres une attraction, que les mondes eux-mêmes « se tenaient », qu’un trouble dans la vie d’une étoile lointaine se répercutait dans les autres étoiles, que la chute d’une pierre sur Jupiter était ressentie sur notre terre.

L’étude du corps humain, récente également, tenue longtemps secrète, est venue renforcer cette notion de dépendance et de solidarité. Elle a montré qu’une cellule malade troublait l’organisme entier, que tout l’être avait la fièvre pour un point enflammé.

Et les individus dépendent les uns des autres, réagissent les uns sur les autres, comme les astres jetés dans l’infini, comme les cellules d’un organisme.

Nul de nous n’est isolé. Quoi que nous en ayons, le sort du voisin influe sur notre sort. Nous vivons d’échange. Pensées, plaisirs, labeurs, tout n’est qu’échange. De ce phénomène vital, les exemples abondent également. La contagion nous en fournit une preuve sensible. La notion en est neuve encore, comme celle de toutes les découvertes scientifiques, et si peu familière aux esprits que, dans les classes restées incultes, on ne croit pas à la contagion, on ne la craint pas, on s’y expose niaisement. Cependant, elle matérialise ces liens invisibles qui, jetés d’un être à l’autre, mènent souvent leur destinée.