Visitez un domaine avec le châtelain. Écoutez-le : « J’ai bâti cette aile, planté ce fruitier, dessiné ce hall, ouvert cette route… » Mesurez l’énorme effort que cet homme a dépensé en si peu d’années…

Concevez-vous quels résultats on obtiendrait si tous ces propriétaires-là — car ils sont légion sur le sol de France — consacraient un peu de cet effort, avec la même ardeur, à la chose commune, à quelque grande entreprise d’intérêt général, comme l’aviation, le réseau routier, la suppression des taudis ? Et cela viendra quand ils s’apercevront que servir l’intérêt commun, c’est encore servir leur intérêt particulier.


Un exemple du bienfait du souci d’autrui, de la concession au voisin, nous est donné par le spectacle de la rue. Si chacun allait droit son chemin sans s’occuper des autres, s’il ne se rangeait pas un peu, s’il n’y mettait pas un peu du sien, ce ne seraient que collisions, algarades, horions. Nul n’avancerait. Donc, il y a avantage à ces concessions mutuelles.


Cependant, la foule n’a pas encore conscience de la solidarité. Une femme renoue-t-elle le cordon de son soulier dans l’escalier du métro, parmi le flot qui se rue vers la sortie ? Elle arrête ou retarde cent personnes derrière elle. Elle peut compromettre des intérêts, des satisfactions, des bonheurs. Tant d’événements sont à la merci d’une minute… Mais elle ne soupçonne pas encore que son simple geste puisse se prolonger en répercussions si nombreuses et si graves.


Nous ne pensons pas assez au voisin. Nous ne nous mettons pas assez à sa place. Cependant, ce petit travail de réciprocité serait toujours de notre intérêt. Ainsi, on ajourne volontiers la note d’un fournisseur, même sans nécessité. Et soi-même on souffrira de voir ajourner une rentrée attendue. Qui nous dit que ce fournisseur n’attend pas, lui aussi, sa rentrée ?

Il faut développer en nous le sens de la réciprocité.