De nos jours, quand on voit un ouvrier avec un lorgnon, on est surpris. Ainsi, ce simple bienfait reste encore le monopole d’une classe. N’est-ce pas un exemple des énormes progrès à accomplir ?
Pour soulever un rail de onze mètres, il faut qu’un chef d’équipe donne le commandement : « par les cheveux » ou : « à l’épaule ». Sans ce signal, l’équipe ne lèverait pas le rail. Une coordination est nécessaire et justifie le commandement.
Ainsi, le chef apparaît indispensable. Mais il ne sera unanimement accepté que s’il est élu.
Les grandes administrations sont restées féodales. Elles traitent encore leur clientèle comme les seigneurs traitaient leurs serfs. On ne se sent pas de plain-pied avec elles. Entre elles et soi, il y a le guichet, comme il y avait le pont-levis. Dans la forme de leurs mandements, elles sont brutales, bourrues, oppressives. Les Finances réclament une contribution sous la menace de poursuites. Le Gaz, l’Électricité réclament leur dû sous la menace de couper la lumière. Et cela sans délai, grossièrement, inutilement, pour le plaisir.
Il y a là un esprit ancien, qui devra changer. L’administrant et l’administré sont des individus équivalents. Et l’on n’imagine pas combien les mœurs seraient plus aimables s’il y avait derrière les guichets de la bonne grâce.
On ne maudira jamais assez l’esprit de bureau. C’est notre cancer, monstrueux, flasque, envahissant, indéracinable.