Le culte de l’escalier, dans la maison de province, symbolise la conception du ménage. Dans ces vieilles demeures où l’on ne trouve pour se laver que des cuvettes de poupée, l’escalier resplendit comme une agate. Les invités qui le descendent, la main crispée à la rampe, flattent tout haut la propriétaire : « Oh ! Oh ! cet escalier est d’une propreté hollandaise ». Et ils appréhendent tout bas : « Sûrement, je vais me casser la figure ». Quand la maîtresse de maison y découvre une trace de pas, elle gémit, déshonorée : « Ce n’est plus un escalier, c’est une route ». Elle le soigne comme d’autres cultivent leur esprit. Elle s’y mire. Il lui tient lieu de conscience.
Nous ferions mieux d’apporter d’abord en nous ce goût de netteté brillante.
Améliorons le rangement, l’odieux, le terrible rangement, qui groupe en pile les objets les plus disparates, boîtes, papiers, livres, carnets, pourvu qu’ils aient la même dimension. L’odieux rangement, qui fait, de tout objet rangé, un objet introuvable.
Il faut apporter un peu d’initiative, de goût personnel, dans l’aménagement du logis. Pourquoi suivre aveuglément les décrets du tapissier ou l’exemple du voisin ? Pourquoi, par exemple, s’astreindre à orner toujours la cheminée d’une pendule, à mettre l’heure sur le feu, comme la marmite sur le fourneau ? Mettez-y des fleurs : elles sonneront les saisons. Pourquoi encore obéir à la sotte coutume qui fait du salon un désert glacé, et qui veut que la plus belle pièce du logis soit la moins fréquentée ?
Une femme doit connaître à peu près le prix des choses que sa cuisinière achète. Sans quoi, comment modérer la danse du panier ? Un excellent entraînement pour l’adolescente, c’est d’accompagner parfois la domestique aux Halles.
Et puis, il faut pouvoir au besoin mettre la main à la pâte, connaître des principes et un peu de pratique culinaires. La patronne qui réprimande sa cuisinière sans rien savoir du métier, manque autant de prestige et frise autant le ridicule qu’un ingénieur qui reprend un ouvrier sans pouvoir saisir l’outil et lui montrer comment s’en servir.