L’attitude des enfants envers les domestiques de leur maison est délicate. La situation de la servante est tellement fausse !

Mais, là comme ailleurs, ils ne feront qu’imiter leurs parents. Quels exemples ceux-ci doivent-ils donc leur donner ?

Pour beaucoup de gens, les domestiques ne sont pas des êtres humains ; ils ne sont pas de la même race. On leur parle avec une dureté inconsciente, comme à des esclaves. On a pour eux des paroles et des procédés blessants. En province, la maîtresse de maison met son orgueil à ce que les servantes soient levées avant le jour, astiquent à la chandelle, sans nécessité. On leur impose des travaux répugnants, démesurés.

Et quand, au contraire, on s’est pénétré de l’injustice d’une telle attitude, quand on les considère comme des êtres pareils à soi, comme des semblables, on est continuellement choqué, gêné, des services qu’on leur demande. Je sais un académicien qui ne peut se résoudre à faire vider son vase de nuit par sa bonne.

En somme, il faut regarder les domestiques dans la maison comme des collaborateurs. Chacun, dans cette association, fait son métier. « Monsieur » gagne de l’argent. La cuisinière fait la cuisine. Une fois cette position prise, on sera vite amené à leur épargner le ton rude, les façons dédaigneuses et les besognes inutilement humiliantes.

L’écueil, c’est que, traités sur le pied d’égalité, ils ne comprennent pas toujours ce pacte, car leur éducation ne les y a pas préparés. Et ils gagnent à la main, se relâchent et débordent. Il y a là une mesure à garder. Comme vis-à-vis des enfants, c’est en exerçant sur eux une sorte de prestige, qu’on les maintiendra dans leur rôle.

Leur situation est si injuste, si douloureuse — cet isolement, ces chambres au septième, cette constante inégalité de condition avec leurs maîtres, — qu’il faut y remédier par une grande bonté, une compassion attentive. A moins d’inconduite incurable, il ne faut pas chasser la bonne enceinte, il faut la mettre à même de faire ses couches et la reprendre.

Et puis, il faut tendre surtout à supprimer la domesticité. L’Amérique nous offre un exemple partiel de cette évolution. Le machinisme nous y aidera. Il y a déjà des monte-charges, des nettoyages par le vide. Il faut encourager ces tentatives. Et puis on s’aperçoit avec surprise qu’on peut accomplir soi-même — dès qu’on se trouve dans une situation un peu exceptionnelle — toutes sortes de petites besognes que l’on jugeait indignes de soi ou dont on se croyait incapable : faire le lit, les chaussures, etc.

De la parure.