Il va de soi que la vie à la campagne — fût-ce pendant quelques mois de l’année — favorise singulièrement cette éducation. L’exemple des plantes et des animaux familiarise les enfants avec tous les mystères de la reproduction. Quand ils ont disséqué les organes de la génération de la fleur, qui ressemblent si étroitement à ceux de la génération humaine, quand ils ont vu mener la vache au taureau, naître les petits lapins, le veau et le poulain, la procréation n’a plus pour eux de mystère ; elle leur paraît simple et sainte et ils en parlent avec autant de naturelle candeur que des autres rites de la vie.


Il est presque impossible de donner un conseil d’ensemble sur la conduite à tenir au moment de l’éveil des sens chez un garçon. Car c’est bien là que s’applique le précepte : « Il n’y a pas de règles générales. Il n’y a que des cas particuliers ». Tantôt cet éveil est tardif et tantôt précoce. Chez les uns cet éveil sonne en fanfare. Chez les autres il demeure un demi-sommeil. On ne peut que mettre en garde et en armes les tempéraments impérieux — dont on s’exagère peut-être le nombre et les exigences — contre les deux grands risques de la maladie et de l’enfant, leurs suites irréparables. Pour tous ceux que ne dominent pas leurs sens, le mariage jeune, très jeune, apparaît de beaucoup la meilleure solution.


Persuadons-nous qu’on peut arriver à tout dire aux enfants. Cela dépend de la manière de dire et aussi des mœurs admises. La preuve ? Les opéras que les pures jeunes filles de la bourgeoisie vont entendre, racontent souvent d’affreuses histoires. Après un mariage clandestin contre le consentement des parents, un jeune homme de vingt ans s’introduit la nuit chez une jeune fille de quinze ans par une échelle de soie. C’est Roméo et Juliette. Une jeune fille a un enfant, d’un séducteur qui l’a tentée avec des bijoux. Elle tue son enfant. C’est Faust.


Que de femmes ne surveillent pas leur corps, par cette répugnance, cette honte qu’on a mises autour de lui. Il y en a qui cachent des maladies de leur sexe, par fausse pudeur, et jusqu’à en mourir. Il y en a bien plus encore qui négligent — et la frivolité de l’éducation se conjure ici avec le mépris du corps — le soin d’hygiène élémentaire et capital d’avoir le « corps libre ». Elles se soucient plus de leur robe que de la garde-robe.


Il faut agir en matière de lecture comme en matière d’éducation sexuelle. C’est-à-dire éviter de donner l’impression, l’attrait malsain du défendu. Puis allonger progressivement, insensiblement les rênes. Suivre la taille, qui elle aussi grandit sans qu’on la voie grandir. Et toujours garder un ton naturel, sain. Il faut arriver à ce que l’adolescent demande librement :