Le lycée plaide timidement en faveur de son enseignement, qui assouplit l’esprit, qui donne le goût des idées générales. Mais il se justifie en réalité par la nécessité de préparer aux examens, de franchir ces obstacles de steeple-chase, ces haies dressées et sans cesse surélevées, dont on barre l’entrée de toute carrière.
L’examen est un tamisage nécessaire ? Il donne — au moins quant à la mémoire — le pas aux meilleurs ? Soit. Mais on sait bien que les programmes d’études sont surchargés pour accroître les difficultés des concours, pour rétrécir la maille du tamis, pour hausser la haie. Et on sait bien aussi que, pour un examen, on s’emplit la cervelle à refus, comme on emplit une éponge d’eau. L’examen passé, on presse l’éponge, on oublie tout.
Conséquence : les plus charmantes, les plus précieuses années de la vie, celles où l’on a déjà la compréhension, la sensibilité, sans avoir encore le souci, se passent dans une geôle. En moyenne, dix ans de détention. L’exigence n’est-elle pas démesurée avec le résultat, qu’il s’agisse de concours ou de culture générale ?
Non. Le rôle de garderie explique seul une si longue réclusion. Une intelligence d’adolescent, demeurée fraîche et neuve, absorberait en deux ou trois ans toutes ces indigestes matières qu’on mâchonne dix ans.
En réalité, il suffirait, depuis la cinquième jusqu’à la quinzième année, d’une demi-heure par jour de leçon pour posséder une culture suffisante.
Ensuite, si on veut forcer la porte d’écoles spéciales, de carrières à examens, il serait bien temps, pour un cerveau tout frais, d’assimiler pour un moment l’énorme fatras des programmes.
Et surtout, pas d’internat ! Même le provincial éloigné d’un lycée pourrait être placé dans un foyer ami, où il goûterait la vie de famille, où il éviterait l’affreuse promiscuité…
Oh ! non, pas d’internat. Pas de cette geôle où les enfants semblent faire dix ans de prison préventive pour tous les délits qu’ils commettront plus tard !
Pourquoi les parents internent-ils leurs enfants ? D’abord, je l’ai dit, par égoïsme, pour se libérer de surveillance et de souci. Par routine, parce que « ça se fait », pour imiter le voisin. Par ignorance, feinte ou vraie. La mère — car le père, lui, ne peut pas avoir oublié — la mère croit que l’interne travaille mieux loin des distractions, que le répétiteur se penche avec sollicitude sur son épaule, l’aide à résoudre les difficultés de sa tâche. Alors qu’en fait le pion prépare lui-même un examen et n’exige que le silence et la paix.