La vraie famille se limite au groupe parents-enfants. Déjà, l’affection véritable n’est pas si fréquente entre frères et sœurs. Pourquoi tenter de l’étendre ? Le cousinage n’est que la caricature de la famille. Il en souligne les défauts sans en montrer les qualités. Il suscite la jalousie sans éveiller la solidarité. Les gens que l’on contraint de s’aimer inclinent à se détester. Ils ont, dira-t-on, des souvenirs communs ? Mais ils profitent de se connaître pour se mieux déchirer. Les soucis d’héritage enveniment encore ces querelles. Le cousinage semble avoir été inventé par les notaires.

Faisons donc table rase de ces parents éloignés qu’on ne rencontre que dans les mariages et les enterrements. S’il en est qui nous plaisent, tant mieux. Rien ne nous empêche de les attirer.

A la famille imposée, substituons la famille d’élection, celle que constituent les amis que nous nous sommes donnés. Là, point de vilains soucis d’argent. Mais des affinités qui se sont reconnues. Si notre choix fut mauvais, ne nous en prenons qu’à nous-mêmes. Du moins sommes-nous libres de le répudier. Certes, tout est précaire, tout est fragile, même l’amitié. Ces liens ne sont pas indissolubles. Mais nous chercherons à les entretenir, parce que nous les avons spontanément tressés.

CHAPITRE III
DE L’INSTRUCTION. PRINCIPES ET MOYENS D’ACTION

Le Lycée. — Le Foyer. — La « Valise ». — Comment apprendre. — Le Choix d’un Métier.

Le Lycée.

A quoi sert de savoir ? Voici ce que nous répondions aux enfants : « A se rendre compte de ce qu’on voit. A être aussi fort qu’autrui dans la lutte. A s’assouplir l’esprit, à développer ses dons d’invention, qui serviront toujours, quoi qu’on fasse. A connaître en surface, quitte à creuser plus tard en profondeur sur certains points. A se parer, à se meubler l’esprit, à faire qu’on soit une bibliothèque pleine au lieu d’une bibliothèque vide. A jouir, par la compréhension, de tout ce qu’on perçoit. A s’éloigner de l’être primitif qui s’agite pour manger, dormir, mourir ».


De l’aveu même de certains pédagogues, le lycée est avant tout une garderie. Il permet aux parents de se décharger de l’instruction des enfants et de se débarrasser de leur présence.