Pourtant, il a entendu, se redresse, s’exclame, la face changée:

—Comment? Vous partez, Mademoiselle? Mais pour une seule journée, n’est-ce pas?

S’il savait! Précipitamment, elle répond:

—Oui, oui ...

Mais que c’est dur, de dissimuler jusqu’au soir, jusqu’au moment où l’auto vient ranger le perron dans la clarté des deux gros lampadaires.

Qu’ils sont pénibles, ces adieux qu’elle seule sait être définitifs. Et aussi, quelle amère volupté de se sentir enfin dans la nuit, de s’abattre sur la tiède et solide poitrine de Zonzon et là, de se détendre, de sangloter:

—Oh! ma chérie, j’ai tant de chagrin, si tu savais, tant de chagrin ...

Toute la matinée du lendemain, Paul Duclos erra du parc au château. Impatient, fébrile, il était incapable de tenir en place. Certainement, elle rentrerait le soir même. Mais que c’est long, tout un jour! Il aurait voulu perdre la sensation du temps, de l’attente.

A tous les tournants d’allée, au seuil de toutes les pièces, elle lui apparaissait, en visions qui lui heurtaient le cœur. L’hallucination était si vive, qu’il en aurait crié, qu’il en aurait tendu les bras en avant. C’était sa silhouette à la fois ferme et menue, sous l’écharpe claire, sa nette petite figure nacrée parmi les ondes animées de la brune chevelure, le regard chaud sous l’arcade profonde, les pétales rouges des lèvres. C’était son enjouement contenu, son éclat chatoyant, précis, son geste harmonieux et sobre, toute une grâce de petit coffret clos et ciselé. Le pur joyau ...