—Tout à fait heureuse.

Zonzon respira, détendue:

—A la bonne heure!

Lucette jeta, d’une impulsion:

—Tu n’en doutais pas, je pense?

—Non, non. Mais je suis contente d’avoir pu m’assurer ... Parce que, vois-tu, c’est l’important, cela. J’ai tellement entendu, déjà, de confidences ... Des choses qu’une femme ne dira pas à son médecin, si c’est un homme, et qu’elle lui confesse, si c’est une femme comme elle. Des déceptions, des dégoûts, des nausées chez les unes. Et des transports, des délices, une vie comme vernie, chez les autres ... Oui, c’est cela l’important. Évidemment, ce n’est pas tout. Mais cela régit tout. C’est la clef de voûte, sans qui le reste s’écroule. D’ailleurs, tu n’as qu’à regarder autour de nous, dans chaque ménage. Oh! pas besoin de chercher bien loin. Tiens, papa et maman ...

Et sur un recul de Lucette:

—Comment, reprit-elle, tu n’y avais jamais pensé? Réfléchis. Ils ont eu leur part d’embêtements, comme tout le monde. Cette affaire de l’oncle Gratien, le frère de maman, ces fausses traites qu’il a signées, qu’ils ont payées pour éviter le scandale. Cette histoire-là a pesé sur toute leur vie. Papa avait beau gagner de l’argent, on a toujours vécu à la maison dans une gêne dorée, parmi les coups de sonnette insolents des fournisseurs, les chuchotis autour des factures renvoyées. Eh bien, pourquoi maman a-t-elle toujours gardé sa placidité souriante, son joli scintillement fixe d’étoile? Pourquoi cette grande indulgence répandue sur nous, sur son entourage, sur toute la vie? Parce qu’elle a eu, elle aussi, comme elle le dit si souvent, un «bon mari» Un peu trop galant, papa, un peu trop le coq qui, par habitude, lisse ses plumes et tend l’ergot à chaque poule qui passe. Mais un coq! Un tendre coq attentif à sa sultane, et qui lui a donné ce qu’il lui fallait ... Maman ... Ah! je te crois qu’elle a dû souvent en reprendre un petit peu!

Lucette s’effara:

—Oh! Zonzon!...