Mais elle écoutait et parlait distraitement, gênée par le ronronnement des voix, oppressée d’un peu d’impatience, jusqu’au moment où la porte s’ouvrit devant Chazelles. Avenant, chaleureux, il s’enquit des nouvelles des Barres. Cependant, tout en embrassant sa fille, M. Savourette se lamentait. Il ne la verrait pas. Il était obligé d’accompagner Chazelles. Un rendez-vous pris avec l’entrepreneur. Et une grosse affaire: la construction d’une annexe.

—Venez avec nous, Madame, suggéra Chazelles. Vous causerez tous deux en route. Je parie que vous ne connaissez pas mon musée?

Elle l’avoua, en riant. Pourtant, sa maison n’en était séparée que par la largeur du Champ-de-Mars. Mais, à Paris, il suffit de demeurer près d’un monument pour n’y jamais entrer. Une fois, cependant, elle en avait franchi le seuil, afin de rendre visite à Mme Chazelles. Car le conservateur habitait le palais. Elle fut tentée de rappeler ce souvenir, mais se mordit les lèvres à temps. Toute une éducation nouvelle, l’art de parler devant les divorcés. Chazelles insistait:

—J’avais choisi un lundi pour ce rendez-vous, parce que le musée est fermé au public. Vous l’aurez pour vous toute seule.

Lucette se laissa tenter.

Laissant bientôt M. Savourette aux mains de l’entrepreneur, Chazelles tint à faire à sa visiteuse les honneurs de son palais. Il n’entendait pas la confier à un gardien, ou la laisser errer sans guide.

—D’ailleurs, toute seule, vous auriez peut-être peur.

Elle se cabra:

—Peur!