—Je t’assure, dit-elle, je n’ai besoin de rien. Tu m’as tout donné.
Il insista, lui pressant les mains:
—Alors, pourquoi n’es-tu plus la même? Voilà des semaines que je tourne et que je retourne cette question dans ma pauvre tête. Mon Dieu! Voir cette ombre dans tes yeux, et ne pas savoir ce qui se passe là, derrière ton petit front ... Lucette, ma Lucette, je t’en supplie, dis-moi ce que tu as. Tout vaut mieux que le silence. Je t’en supplie.
Électrisée de franchise et d’abandon, elle descendit encore en elle. Non. Elle ne trouvait rien, rien de précis, rien d’exprimable:
—Je n’ai rien. Je te jure.
D’un élan, il glissa presque à ses pieds:
—C’est vrai? C’est bien vrai?... Ah! Lucette, ma Lucette adorée, tu es tout pour moi, vois-tu, ma raison de vivre. Et la seule pensée que tu pourrais t’éloigner de moi ... Ça me rend fou ... J’en mourrais ... Je t’aime tant, je t’aime tant ...
Elle lui jeta les bras autour du cou. Soulevée du désir violent et confus d’être protégée par lui, rivée à lui, d’être dans ses bras comme dans une prison heureuse, elle balbutiait:
—Moi aussi, je t’aime, je t’aime. Je suis à toi. Ah! mon aimé, sois mon refuge, garde-moi, prends-moi ...
La tête renversée, les yeux emplis de la nuit blonde, elle souhaitait, elle ne savait quel miracle qui éternisât l’instant, quel vertige à faire crouler sur elle les étoiles ...