Il s’assit derrière son bureau, comme s’il eût voulu retrancher son trouble derrière ses livres. Et la voix mal assurée:

—Lucette est partie pour les Barres, depuis cinq jours.

Zonzon s’était laissée tomber dans le fauteuil qu’il lui avait avancé:

—Aux Barres, en mars?

—Oui, le petit garçon de Mme Turquois a eu cet hiver une fièvre scarlatine très violente. Peut-être Lucette vous l’a-t-elle écrit. Dès que l’enfant a été transportable, sa mère l’a emmené à Brûlon, pour le changer d’air, hâter la convalescence. Lucette a exprimé le désir d’assister son amie, au moins pour quelques jours. Elle a confié Paule à sa grand-mère Savourette ...

Vraiment alarmée, Zonzon l’interrompit.

Elle aimait trop Lucette pour s’arrêter à de vains scrupules de discrétion. Elle voulait la vérité:

—Voyons, voyons, qu’est-ce que c’est que cette histoire-là? Ça ne tient pas debout.

Paul se pencha vers elle. Ses traits ne cachaient plus son inquiétude:

—Écoutez, Suzanne (Il s’obstinait à ne pas l’appeler Zonzon, malgré ses reproches). Je ne veux pas feindre avec vous. Au surplus, j’étais résolu à me confier à vous. Et seule votre arrivée imprévue m’a pris de court. Les choses se sont bien passées comme je viens de vous le dire. Lucette ne m’a pas donné d’autres raisons de son départ. Mais je sens, je suis sûr qu’il y en a d’autres. Je veux les découvrir. Et je comptais vous demander de m’y aider. Ah! La pensée qu’il y a entre nous quelque chose de caché, nous qui vivions si confiants, si unis, cette pensée-là—surtout maintenant que je l’exprime, que je la précise dans des mots—me bouleverse à un point que vous ne pouvez pas imaginer.