—Essaye si tu veux.
Aussitôt, profitant d'un instant où le chauffeur tourne le dos, Lise subtilise deux billes. Claude se prête au jeu. En grand secret, on choisit un coin à l'abri du vent, où il n'y ait ni trop d'ombre ni trop de soleil, et là, dans un terreau bien meuble, bien appétissant, on enfouit les deux graines... Un coup d'arrosoir. Trois petits piquets pour repérer l'endroit. Voilà.
Et maintenant, il faut attendre. Claude assure qu'on ne verra rien avant un an. Que c'est long! Au moins, peut-on savoir ce qu'on obtiendra? Une limousine, un phaéton, deux baquets? De quelle couleur? Oh! là-dessus, Claude est affirmatif:
—Parbleu, ça se passe pour les autos comme pour les autres plantes. Chaque variété a sa graine spéciale, qui reproduit l'espèce. De la graine de cantaloup donne du cantaloup, et non pas un autre melon. Donc, de la graine prise à un double phaéton rouge caroubier 24-chevaux donnera une 24-chevaux double phaéton rouge caroubier.
Quelle chance! Lise et Claude auront leur voiture à eux! C'est papa et maman qui seront étonnés! Qui conduira? Claude. Il faut qu'il apprenne. Où ira-t-on? Et ce sont des projets, des itinéraires à n'en plus finir. Lise est ivre d'espoir.
Oh! maintenant, elle est, sûre. Chaque soir, elle s'en va d'un pas ferme, son petit arrosoir à la main, verser un peu d'eau sur les chères graines. Et il lui semble—mais oui, elle n'a pas la berlue—que la terre commence à s'enfler...
Et voyez comme c'est contagieux, l'espoir et la foi. Un jour que Lise est sortie, Claude, armé d'une baguette, se glisse furtivement au fond du jardin et... creuse la terre afin de mettre au jour les fameuses graines! Il s'est pris à son piège. A force de raconter des histoires, il arrive à douter. Tout de même, si elles avaient germé?...
CURIEUSE SUITE D'UN ACCIDENT D'AUTO
Après avoir coulé des jours oisifs et choyés, Marcel Debrive, à vingt-deux ans, se trouva subitement sans un sou dans sa poche, sans un métier dans les mains, mais, par contre, avec une sœur et une maman sur les bras. Son père, soudain ruiné dans la banque, n'avait pas survécu au désastre. Alors, bravement, Marcel se fit mécanicien d'auto. Ils sont plus nombreux qu'on ne pense, ceux qui possédèrent d'abord une voiture, puis qui, sans ressource et sans autre talent, demandèrent leur salut à l'art de conduire.