C'est très drôle. La route paraît moins bonne, quand on va moins vite.
D'ailleurs, quand nous n'avions pas d'automobile, nous faisions comme les autres. Combien de fois avons-nous invité les Ravache—des êtres insupportables, puants, prétentieux—uniquement parce qu'ils avaient un tonneau 10-chevaux! Et ils se faisaient prier, encore. Et nous insistions. Pour une 10-chevaux! Quand j'y pense, j'en ai chaud de honte.
Non, il ne prendra pas sa droite. Vous verrez qu'il ne la prendra pas. Quelle jouissance les charretiers éprouvent-ils à rouler à gauche? Au milieu, je comprendrais. Mais à gauche? Ah! l'animal, il dormait!
Quel beau temps.
Si j'étais les Ponts-et-Chaussées, je mettrais des planches sur les fossés et les tas de pierres sur les planches. Ainsi, je déblaierais la banquette.
Et dire que si ma direction cassait, nous nous retournerions à 60 à l'heure! Qu'est-ce que je ferais? J'aime mieux ne pas y penser.
Un troupeau. Les quatre pieds d'un mouton éreintent plus la route que les quatre pneus d'une auto. Pourtant on ne dit rien aux bergers.
Ça sent l'engrais.
Tiens, un trimardeur qui ressemble à Victor Hugo. Pauvre diable. Comme nous devons lui faire envie! Qu'est-ce qu'il peut bien penser en nous voyant? Oh! il pense peut-être tout simplement: «V'là une auto.»
Allons, bon, un coup de sirène derrière nous. Gratté! C'était au moins une 80-chevaux. Décidément, c'est insupportable, cette poussière.