Au fond, suis-je vraiment plus heureux que ce trimardeur-là? J'ai des embêtements d'affaires, d'argent, d'ambition, qu'il ignore. Et lui, il a des voluptés simples et fortes que je ne connais pas: lamper un verre de vin, fumer un mégot, palper une pièce blanche. Tout est relatif. En faisant pour chacune d'elles la balance des joies et des peines, toutes les existences s'équivalent peut-être?

Est-ce un cassis? Non, c'est l'ombre d'un arbre.

Une auto devant nous. Elle vient? Non, elle va dans notre sens. Donc, nous marchons plus vite. Il faut que je l'aie. C'est idiot. Mais je ne serai pas content tant que je ne l'aurai pas. Et puis, ça épatera les trois Tiquard.

Ah! ça va mieux.

Il me semble que j'ai entendu quelque chose d'anormal dans le moteur. Ou dans le différentiel, peut-être? Un pignon brisé? La panne, la grande panne... Suis-je serin! c'est le sifflet du chemin de fer.

Ça roule. Encore un peu, pour voir. Allons, allons, soyons sage. C'est bon la vitesse. On se sent fier, puissant, souverain. On règne.

Chic, chic! voilà les maisons de Martinville. On va débarquer les trois Tiquard. Ma foi, je n'éteins pas le moteur. Ça pressera les adieux. Et puis, si des fois on ne repartait pas...»

LE PETIT FOX

On offrait aux Griset, qui avaient pris à Marlotte leurs quartiers d'été, un jeune et charmant fox-terrier qui habitait Le Raincy. Comment le transporter d'une résidence à l'autre? Par le chemin de fer? Mais que de transbordements! De plus, on assure que les chiens sortent de leur cage salis, aphones, enragés. Et quant à l'emporter avec soi, il n'y fallait pas songer. Il suffit d'un voisin grincheux pour exiger l'expulsion du voyageur à quatre pattes. Non. Le rêve, c'était de cueillir le petit chien en auto et de le déposer dans sa nouvelle maison, une heure plus tard.