De marasme, Ganachot s'explora le nez. Mais il en eut vite fait le tour. On n'a jamais que deux narines. A nouveau, il épia le boulevard, qui, parmi les masures et les dépotoirs de la zone, s'en allait droit vers la banlieue lumineuse. Soudain, dans la perspective, surgit la silhouette carrée d'une auto... Elle venait! Elle allait entrer dans Paris!
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Ganachot pensa défaillir. L'amant au premier rendez-vous qui voit paraître la silhouette adorée ne trépide pas de plus d'impatience, ne se sent pas inondé d'un plus large flot de délices. Comme elle semblait lente!
Enfin elle approcha. C'était une limousine, noire et brillante comme une fine bottine vernie à roulettes. Le mécanicien était seul. Bonne affaire. L'auto stoppa au ras du trottoir, quelques mètres avant la grille de l'octroi. Sans attendre même qu'on demandât ses services, Ganachot se précipita.
Ah! ah! Il s'agissait de se donner de la satisfaction. Voyons. D'abord la question de l'essence. Le gabelou tendit la main:
Le mécanicien, un joli garçon, tout jeune, très correct, répondit:
—Je n'en ai pas. Je viens de Blois.
Tant mieux. L'opération serait plus longue. Ganachot reprit:
—Bon. Vous payez les droits d'entrée. Combien de litres?